HISTOIRE NATURELLE

DES INSECTES.

TOME VII.

PRET di AE tt te E »' be. d

Suite du Cutalogue de Manuels. ?

Manuel d'Astronomie, par M. Bailly. Un volume orné de plan- ches. édition. 2 fr. fo c. Manuel Biographique, ou Dictionnaire historique abrégé des grauds Hommes , par M. Jacqnelin et M. Noël , inspecteur-géné- ral des études. 2 gr. vol. 6 fr Manuel complet de Botanique , contenant les principes élémen- aires de cette science ; par M. Boitard. Un vol. de 450 pages,

orné de planches. 3 f. 50 c. Manuel du Boulanger et du Meunier, par M. Dessables. Un vol. a fr. Soc. Manuel du Brasseur, ou l'Art de faire toutes sortes de Bières, par M.Riffault. Deuxième edit. Un vol. af.5oc. Manuel du Chamoiseur, Maroquinier, Peaussier et Parchemi- nier; par M. Dessables. Un vol. orné de planches. af.

Manuel du Chandelier et du Cirier, suivi de l'Art de fabriquer la Cire à cacheter; par M. L. Sébastien Lenormand. Un volume

orné de figures. 3 fr. Manuel du Charoutier, VArt d'accommoder toutes les parties du cochon, par madame Celnart. Un vol. 2Ë.50 ç. Manuel du Charpentier, ou Traité complet de cet Art; par M. Va- lentin. Un gros vol. orné de 10 planches. 3 fr.5oc. Manuel du Chasseur et des Gardes-Chasse. Un vol. Nouvelle édition, 3 fr.

Manuel de Chimie, par M. Riffault. Un vol. ae édition. 3 fr. Manuel de Chimie amusante , par le même: Un vol.2e édit. 3 fr. Manuel de la bonna Compagnie, ou V'Ami de la politesse,

Un vol. Quatrième édition, a fr. oc. Manuel du Cuisinier et de la Cuisinière, par M. Cardelli: Un vol. Cinquième édition. 2 fr, 5o e.

Manuel des Dames , ou l'Art de la Toilette, suivi de l'Art du Modiste , du Mercier-Passementier, par mad. Celnart. Un vol. 3 f. Manuel des Demoïselles, ou Arts et Métiers qui leur con- viennent et dont elles peuvent s'occuper avec agrément; par madame Elisab. Celnart. Un vol. orné de planches, 2e édit. 3 fr.

Manuel du Dessinateur, ou Traité complet de cet Art, par

M. Perrot. 1 vol. orné d’un grand nombre de planches. 3f. Manuel du Dessinateur et de l'Imprimeur Lithographe, par Brégeaut, lithographe breveté. Un vol. orné de planches. 3f.

Manuel du Destructeur des Animaux nuisibles à l'Agriculture, à l'Economie domestique, etc. , par M. Vérardi. Un vol. orné de

planches. 3f. Manuel du Distillateur-Liquoriste, par M. Tæbeaud. Deuxième édition. Un vol. 3 fr.

.

UT 7 VE VONT] ES VO OR ET

HISTOIRE NATURELLE

DES INSECTES,

COMPOSÉE

D'APRÈS RÉAUMUR, GEOFFROY, DEGÉER ; !

ROESEL, LINNÉ, FABRICIUS, Et les meilleurs Ouvrages qui ont paru sur cette parties

RÉDIGÉE SUIVANT LA MÉTHODE D'OLIVIER, ET ORNÉE DE FIGURES DESSINÉES D'APRÈS NATURE.

PAR EF. M. G, T. DE TIGNY, Membre de la Société d'Histoire naturelle de Paris.

TROISIÈME ÉDITION, Revue , augmentée et mise au niveau des connaissances actuelles ,

PAR M. F. E. GUÉRIN,

Membre de la Société d'Histoire naturelle de Paris et de plusieurs autres Sociétés savantes.

TOME SEPTIÈME.

PARIS,

RORET, LIBRAIRE, RUE HAUTEFEUILLE,

AU COIN DE CELLE DU BATTOIR.

1828.

Dans

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HISTOIRE NATURELLE DES INSECTES: d

ORDRE DEUXIÈME.

LES NÉVROPTÈRES. :

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CARACTÈRES DES GENRES

DE L'ORDRE DES NÉVROPTÈRES.

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PREMIÈRE SECTION.

Trois articles aux tarses,

G. Libellule.

Anrenes très courtes, sétacées : cinq a ticles, dont le premier beaucoup plus gros que les autres. Deux antennules insérées à la base externe des mâchoires : deux articles, dont le pre- VIT. I

2 HISTOIRE NATURELLE

mier très court, le second beaucoup plus long, presque cylindrique.

Abdomen terminé dans les mâles par deux petits crochets.

Trois petits yeux lisses.

G. Perle.

Antennes longues, sétacées ; articles nom- breux, très courts; le premier un peu plus gros.

Quatre antennules filiformes assez lon- gues; les antérieures composées de quatre articles; les postérieures de trois,

Abdomen términé dans la plupart des es- pèces par deux soies distantes et sétacées.

Trois petits yeux lisses.

DEUXIÈME SECTION. Quatre articles aux tarses,

G. Raphidies.

Antennesfiliformes, de longueur moyenne; artiélés égaux , peu distinets , le premier un peu plus gros que les autres.

Quatre antennules courtes, presque éga-

Ne lt V féhoste à 7

DES NÉVROPTÈRES, 3

les, filiformes ; les antérieures composées de quatre articles, les postérieures de trois. Abdomen terminé, dans la femelle , par un appendice sétacé, assez long. Trois petits yeux lisses.

TROISIÈME SECTION. Cinq articles aux tarses.

G. Hémérobe.

Antennes sétacées, assez longues ; articles très nombreux et peu distincts.

Quatre antennules inégales, filiformes ; les antérieures composées de quatre articles; les postérieures de trois.

Abdomen simple.

Point de petits yeux lisses.

G. Myrméléon.

Antennes courtes, renflées vers l’extré- mité ; articles très courts.

Six antennuleswinégales, filiformes; les postérieures très longues.

Abdomen terminé par deux crochets'dans les mâles.

Point de petits yeux lisses.

k HISTOIRE NATURELLE

G. Ascalaphe.

Antennes longues, filiformes, terminées en masse; articles courts, un peu grenus, les trois derniers renflés.

Six antennules inégales, filiformes.

Abdomen terminé par deux crochets dans les mâles.

Point de Paie yeux lisses.

ï

G. Panorpe.

Antennes longues, filiformes; articles très courts et très nombreux,

Quatre antennules égales, filiformes; les antérieures composées de quatre articles ; _les postérieures de trois.

Abdomen terminé dans le mâle par une queue articulée armée de pinces.

Trois petits yeux lisses,

G. Frigane.

Antennes longues, sétacées; articles très aombreux, très courts; le premier un peu plus gros.

Quatre antennules inégales, filiformes ; les antérieures plus longues et composées de

DES NÉVROPTÈRES. 5 cinq articles ; les postérieures courtes, com- posées de quatre.

Abdomen simple.

Trois petits yeux lisses.

G. Éphémére.

Antennes très courtes etsubulées; articles nombreux, à peine distincts.

Quatre antennules très courtes, peu ap- parentes, égales, filiformes; ; les antérieures composées de quatre Pa: 4 les posté- rieures de trois.

Abdomen terminé par deux ou trois filets longs et sétacés,

Trois petits yeux lisses.

G. Thermes.

Antennes moniliformes, de la longueur . du corselet; quatorze articles arrondis et distincts.

Quatre antennules égales, filiformes; les antérieures composées de quatre articles ; les postérieures de trois.

Deux petits yeux lisses.

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6 HISTOIRE NATURLLLE

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ORDRE DEUXIÈME. DES NÉVROPTÈRES.

Ox a donné le nom de névroptères à des insectes qui ont quatre ailes nues , transpa- rentes comme du tale, formées par une mem- brane très mince, soutenues par un grand nombre de nervures longitudinales et trans- versales qui forment une espèce de réseau. Quoique les ailes des névroptères ne soient point couvertes d'écailles colorées comme le . sont celles des lépidoptères, elles sont très brillantes ; vues à un certain jour elles of- frent plusieurs couleurs, Quelques hémé- robes, friganes, myrméléons, panorpes et ascalaphes , ont les leurs chargées de taches de différentes nuances, Elles sont beaucoup plus longues que l’abdomen, presque d’égale longueur, excepté dans les panorpes et les éphémères; elles sont posées en toit sur l'abdomen dans les myrméléons, les fri-

nn TV ons Si » des de , Adi Es Li.

DES NÉVROPTÈRES. 7

ganes, etc.; étendues horizontalement ou droites dans les libellules : quelques espèces les ont croisées sur l’abdomen.

La tête de ces insectes est plus ou moins grosse; les antennes sont placées à sa partie antérieure; de chaque côté sont les yeux à réseau; il y a sur le front trois petits yeux lisses, qui manquent aux myrméléons et aux hémérobes, et au bas de sa partie an- térieure est la bouche.

Les antennes sont simples, composées de plus ou moins d’articles, distincts dans de certaines espèces, peu distincts dans d’au- tres ; celles des libellules et des éphémères sont courtes, minces, subulées; celles des perles , des hémerobes, des panorpes, des friganes, sont longues et filiformes ; elles sont longues dans les ascalaphes, courtes dans les myrméléons , et terminées en masse.

Les yeux à réseau sont saillans, arrondis, colorés et très brillans dans les libellules et les hémérobes.

Le nombre des pièces qui composent la bouche des névroptères varie; ces insectes ont une lèvre supérieure, une lèvre infé-

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8 HISTOIRE NATURELLE

rvieure, deux mandibules, deux mâchoires, quatre ou six antennules ÿ quelques espèces n’ont point de mandibules : toutes ces pièces servent à l'insecte À saisir ses alimens , les broyer, ou les contenir pendant la masti- cation; elles sont plus ou moins solides, se- lon la nature des alimens dont l’insecte doit se noürrir. Leur position est différente ; les mandibules et les mâchoires sont placées de chaque côté de la partie inférieure de la tête, et se meuvent latéralement; les man- dibules sont très fortes, dentées et aiguës dans les libellules, qui sont carnassières ; celles des éphémères, qui en font peu ou point d'usage, sont très faibles. Les mà- choires portent les antennules, qui sont de petites pièces mobiles plus ou moins articu- lées ; la lèvre supérieure est placée au-dessus de l’ouverture de la bouche, la lèvre infé- rieure au-dessous; elles se meuvent de haut en bas , et couvrent en partie les mandibules et les mâchoires, lorsque l’insecte les tient croisées.

Le corselet est lisse, renflé, comprimé et tronqué dans quelques espèces; les ailes sont

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DES NÉVROPTÈRES, 9

attachées à chacun de ses côtés on à sa partie supérieure ; l'abdomen du plus grand nombre est allongé, mince, cylindrique, composé de plusieurs anneaux ou segmens souvent distincts : celui de quelques mâles est terminé par deux crochets qui leur ser- vent à saïsir la femelle pendant l’accouple- ment; dans d’autres espèces, il est terminé par deux ou trois soies dans les deux sexes, ou par un appendice long et sétacé comme dans les femelles des raphidies.

Les pates sont au nombre de six, atta- chées à la poitrine; elles sont de longueur moyenne , composées de quatre pièces, qui sont la hanche, la cuisse, la jambe et le tarse ; cette dernière partie est plus ou moins articulée et terminée par deux petits cro- chets. C’est du nombre des articles des tarses qu'on a tiré les caractères qui servent à diviser les insectes de cet ordre en trois familles.

Si ces insectes sous l'état parfait offrent “entre eux de grandes différences, ils n’en offrent pas moins sous l’état de larves, tant par leurs formes que par leurs habitudes.

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10 HISTOIRE NATURELLE

Presque toutes les larves sont carnassières ; elles sont pourvues de mâchoires dures et écailleuses; elles ont six pates. Les unes sont aquatiques, et restent dans l’eau jusqu’à ce qu’elles subissent leur dernière métamor- phose; les autres se tiennent sur les feuilles et les branches des arbres, elles font la guerre aux pucerons : telle est la larve de l’hémérobe. Celle du myrméléon fait un trou en terre elle se tient cachée, pour mieux saisir l’insecte imprudent qui passe près d'elle. Celles qui vivent dans l’eau ont des organes qu’on croit analogues aux ouies des poissons, propres à faciliter l'inspiration et l'expiration de l’eau; pour marcher et nager, elles font usage des pates dont elles sont pourvues; quelques unes ont des filets pla- cés dans différens endroits de leur corps, qui leur servent à exécuter ces mouvemens avec plus de facilité. Toutes ces larves trou- vent dans l’eau une nourriture abondante, soit qu’elles vivent d’insectes, soit qu’elles se nourrissent de plantes, Ces différentes larves sortent d'œufs dont les uns ont été déposés dans l’eau ou sur des plantes aqua-

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DES NÉVROPTÈRES. IE tiques par les femelles, après qu’elles ont été fécondées par l’accouplement. Quelques unes de ces larves restent sous cet état la plus grande partie de leur vie, etensuite se trans- forment en nymphe; elles se construisent des fourreaux avec différentes espèces de matériaux, et les transportent partout avec elles; elles y ménagent deux ouvertures qu’elles bouchent avant de se changer en nymphe, et n’en sortent que sous leur der- nière forme ; d’autres ne restent que peu de temps sous l’état de larves, elles se changent en nymphes, qui diffèrent de la larve par des fourreaux placés de chaque côté du corps, et qui renferment les ailes que doit avoir l’insecte parfait. Sous ce nouvel état, la plupart mangent, croissent et agissent comme sous celui de larves; d’autres creu- sent des trous dans la terre qui bordeles ri- vières, et y vivent renfermées plusieurs an- nées avant de parvenir à l’état parfait. Après avoir vécu aussi long-temps sous la forme de larves, ces insectes ne jouissent de la vie que pendant quelques heures, lorsqu'ils sont de- venus habitans de l'air.

12 UISTOIBE NATURELEE.

Quelques unes de ces larves en changeant d'état ne changent point d’inclination : l’in- secte parfait, de même que la larve, ne respire que la destruction; pourvu d’ailes qui le portent avec rapidité, il vole conti- nuellement dans les endroits il croit trouver de quoi satisfaire son appétit car- nassier; lorsqu'il rencontre un insecte faible, il s’élance sur lui, le saisit avec ses mâ- choires, et l'emporte pour le manger à son aise. Tous les insectes de cet ordre ne con- servent point sous le dernier état le goût qu’ils avaient sous celui de larves; ils ne font plus la guerre aux autres insectes; le plus grand nombre ne paraît occupé qu'à perpétuer son espèce, et après l’accouple- ment la femelle s’empresse de déposer ses œufs dans des lieux les petits qui doivent en sortir puissent trouver une nourriture convenable. Les insectes dont les larves sont aquatiques les confient à quelques plantes qui croissent dans l’eau, ou les déposent dans l’eau même. Ceux dont les larves vi- vent hors de l’eau, les collent sur les feuilles ou les tiges des arbres. Enfin, toutes ces fe-

ét dd Éd

DES NÉVROPTÈRES. 13 melles, après avoir pourvu à la sûreté de leur postérité, et les mâles après l’accouple- ment, meurent, quelques femelles aussitôt après la ponte, les autres plus tard; mais aucun de ces petits animaux ne voit une autre génération,

M. Latreille ( Règne animal) partage l'ordre des névroptères en trois familles.

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14 HISTOIRE NATURELLE

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PREMIÈRE FAMILLE.

LES SUBULICORNES, SUBULICORNES.

Antennes en forme d'alène, guère plus longues que la téte ? de sept articles au plus, dont le dernier sous la figure d'une soie; man- dibules et mdchoires entièrement couvertes par le labre et la lévre , ou par l'extrémité antérieure. et avancée de la tête; ailes étendues horizontalement, dans une situation perpendiculaire.

I. Mâchoires cornées très fortes, recouvertes par les deux lèvres; trois articles aux tarses; ailes égales, et l'extrémité de l'abdomen terminé simplement par des crochets ou des appendices en lames en feuillets.

Le grand genre des demoiselles (lbellula, Lxxw.) est partagé ainsi qu’il suit :

1e G. Lumezrure proprement dit, libellula. Ailes étendues horizontalement dans le repos; tête presque globuleuse, avec les yeux très grands , contigus, Ou très rap-

sait alt 22 bus, 2: din ‘ai CR, SE nt ns:

DES NÉVROPTÈRES. _a5 prochés; division mitoyenne de la lèvre plus petite que les latérales, qui se joignent en dessus par une suture longitudinale, et fermant exactement la bouche; abdomen en forme d’épée, ou aplati.

G. JESune, Æshna.

Semblables aux libellules propres par la manière dont elles portent les ailes et par la forme de la tête, mais qui ont le lobe intermédiaire de la lèvre plus grand, et les deux autres écartés, armés d’une dent très forte, et d’un appendice en forme d’épine; abdomen toujours étroit et allongé à la ma- nière d’une languette.

3 G. AGRION, Agrion.

Ailes s'élevant perpendiculairement dans le repos; tête transversale, avec les yeux écartés.

IT. Bouche entièrement membraneuse, ou très molle, composée de parties peu distinctes; quatre articles aux tarses; ailes inférienres beaucoup plus

petites que les supérieures, même nulles; abdo- men terminé par deux soies.

1% G. ErmËmèRE, Æphemera.

16 HISTOIRE NATURELEE

A M AS SR A A A A AE RAT AL ARR ARE RE ARR

DEUXIÈME FAMILLE.

LES PLANIPENNES, PLANIPENNES,

Mandibules très distinctes , grandes ou moyennes ; ailes inférieures étendues ; ou simplement un peu repliées ou doublées au bord interne ; leur largeur ne surpas- sant jamais notablement celle des deux autres ; larves , lorsqu'elles sont aquati- ques , ne vivant pas dans des tuyaux por- tatifs et construits par elles.

I. Cinq articles à tous les tarses ; extrémité anté- rieure de la tête prolongée et rétrécie, en forme de bec ou de trompe.

1% G. Némoprère, Nemoptera.

Ailes supérieures écartées , presque ova- les, très finement réticulées ; les inférieures très longues et linéaires ; point d’yeux lisses.

96 G. Binraque, Bittacus.

Les quatre ailes égales et couchées ho- rizontalement sur le corps ; des yeux lisses;

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DES NÉVROPTÈRES, 17

abdomen presque semblable dans les deux sexes ; pieds très longs.

G. Panonre, Panorpa.

Ayant les ailes et les yeux lisses, comme dans le genre précédent; abdomen des mâles terminé par une queue articulée , presque à la manière de celui des scorpions,

avec une pince au bout; pieds de longueur moyenne.

G. BoréE, Boreus.

Aïles en forme d’alène, recourbées au bout, plus courtes que l'abdomen, et man- quant dans les femelles, cétte parlie du corps est terminée par une tarière en sabre.

IT. Cinq articles à tous les tarses ; antennes plus grosses vers le bout, et composées d’un grand nombre d'articles; six palpes.

G. Founur-rion, Formica-leo.

Antennes grossissant insensiblement , pres- que sous la forme d’un fuseau, crochues au bout, et beaucoup plus courtes que le corps ; abdomen très long et linéaire,

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18 HISTOIRE NATURELLE

G. Ascazarne, Ascalaphus.

Antennes longues, et terminées brusque ment en bouton; abdomen ovale, oblong, guère plus long que le corselet.

III. Antennes en filets; quatre palpes, G. Hémérose, Hemerobius.

Premier segment du tronc fort petit; ailes en toit ; dernier article des palpes plus épais , ovoide et pointu.

8e G. Seuexine , Semblis.

Premier segment du tronc grand, en forme de corselet; ailes couchées horizontalement sur le corps; palpesfiliformes, avecle dernier article conique ou presque cylindrique.

IV. Tarses ayant au plus quatre articles; mandi- bules toujours cornées, fortes; ailes inférieures de la

grandeur des supérieures ou plus petites, sans plis au côté intérieur. G. RarminiE , Raphidia. Ailes en toit; tête allongée, rétrécie en arrière ; corselet long, étroit, presque cylin- drique.

DES NÉVROPTÈRES.. 19

10€ G. TERMITE , Termes. * * Ailes couchées horizontalement sur le corps , très longues ; tête arrondie; corselet presque carré, ou en demi-cercle.

119 G. PsoquE, Psocus.

Premier segment du tronc très petit; palpes labiaux peu distincts; ailes infé- rieures plus petites que les supérieures ; deux ou trois articles aux tarses.

V. Trois articles aux tarses; mandibules presque toujours en partie membraneuses et petites; ailes

inférieures plus larges que les supérieures, doublées sur elles-mêmes au côté interne.

12€ G. Perze, Perla.

20 HISTOIRE NATURELLE

D A A A AL AIT TT A RE BAR ARR

TROISIÈME FAMILLE. LES PLICIPENNES, PLICIPENNES.

Point de mandibules ; ailes inférieures plus larges que les supérieures ; plissées dans leur longueur.

19 G. FRiGanE, Phriganea.

DES LIBELEULES. 21

DT TE EE EN EE TS

ORDRE DEUXIÈME.

LES NÉVROPTÈRES.

PREMIÈRE SECTION.

Trois articles aux tarses.

XIV GENRE.

LIBELLULES.

Caractères génériques. Antennes très courtes, séla- cées, composées de cinq articles, dont le premier beaucoup plus gros que les autres. Deux an- tennules insérées à la base externe des mâchoires, composées de deux articles, le premier très court, le second heaucoup plus long, presque cylin- drique. Abdomen terminé dans les mâles par deux petits crochets. Trois petits yeux lisses.

Les libellules sont connues dans presque toute la France, même par les enfans, sous le nom de demoiselles, qu’elles doivent vrai- semblablement À la longueur et à la finesse

L.

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22 HISTOIRE NATURELLE

de leur corps. Leurs ailes n’offrent point des couleurs aussi variées que celles qui ornent les ailes des papillons, mais elles sont extrêmement transparentes , et comme celles de différentes mouches, elles parais- sent être de gaze : vues à un certain jour, elles sont brillantes, dorées ou argentées, et quelques unes ont des taches colorées.

Quelques espèces sont du plus beau bleu; d’autres n’ont de cette couleur qu’à l’ori- gine et à l’extrémité du corps, et sur le corselet; le reste est brun : les unes sont d'un vert soyeux; souvent ces couleurs se trouvent combinées sur le corps de plusieurs espèces elles forment des lignes et des taches.

Les libellules se rendent dans les jardins,

parcourent les campagnes, volent volon-

tiers le long des haïes ; mais on les voit en plus grand nombre, c’est dans les prai- ries et surtout le long des ruisseaux , des petites rivières, près des bords des étangs et des mares. L’eau est leur pays natal; après en être sorties , elles s’en rapprochent pour lui confier leurs œufs. Ces demoiselles,

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DES LIBELLULES. 23

qui plaisent par leurs formes élégantes , la variété de leurs couleurs, et une sorte de brillant, ont des inclinations très meur- trières ; loin d’aimer à se nourrir du sue des fleurs et des fruits , elles ne se tiennent dans les airs que pour fondre sur les insectes ailés qu’elles peuvent y découvrir, et man- ger tous ceux dont elles peuvent se saisir. Elles ne sont pas diffciles sur le choix de l'espèce; on en voit se rendre maîtres de petites mouches à deux ailes, de grosses mouches bleues de viande, souvent même de papillons diurnes, qu’elles emportent en l'air entre leurs dents. C’est leur inclination vorace qui les conduit le long des haies sur lesquelles beaucoup de mouches et de pa- pillons vont se poser, et qui les ramène sur les bords des eaux voltigent différens in- sectes; elles cherchent les cantons peuplés de gibier.

Réaumur, qui a suivi les habitudes de ces insectes dans tous les instans de leur vie, et qui a écrit leur histoire d’une ma- nière si intéressante et si instructive, les a divisés en trois familles ou genres. Chacune

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24 HISTOIRE NATURELLE

de ces familles a des caractères constans, qui servent à la distinguer des autres. Les libellules de la première famille ont le corps court, aplati, diminuant insensible- ment de largeur , depuis son origine jusqu’à son extrémité; la tête arrondie, presque sphérique. Celles de la seconde famille ont de même la tête grosse et sphérique, mais leur corps est cylindrique dans toute sa longueur. Celles de la troisième famille ont la tête proportionnellement plus petite ; elle est courte et large, et leur corps est cylin- * drique..

Degéer n’a divisé les libellules qu’en deux familles : la première est composée de celles qui forment les deux premiers genres de Réaumur, dont la tête est grosse et sphérique, et qui portent leurs ailes éten- dues et parallèles au plan de position; la seconde, de celles qui ont la tête large et courte, et qui portent ordinairement leurs

ailes élevées au-dessus du corps. Nous sui- vrons cette méthode, qui est celle adoptée par M. Olivier.

Toutes les libellules naïssent dans l’eau

.DES LIBELLULES. 25

et y prennent leur accroissement complet ; tant qu’elles y vivent, leur forme est assez semblable à celle qu’elles avaient en sortant de l’œuf. Sous l’état de larves, elles ont six pates ; elles se changent en nymphes lors- qu’elles sont encore jeunes et très petites ; ce changement d’état n’en produit aucun bien sensible dans leur figure; on aperçoit seulement sur le dos de la nymphe quatre

| petits corps plats et oblongs, qui sont les fourreaux des ailes que doit avoir l’insecte parfait. La couleur de ces nymphes n’offi rien de bien remarquable; elles sont Ordinai- rement d’un vert brun, souvent couvertes de boue ; leurs pates sont attachées au corselet ; elles diffèrent peu de celles qu’elles auront par la suite; leur abdomen est composé de dix anneaux. Ces nymphes vivent , nagent ctrespirent dans l’eau à la manière des'pois- sons. Celles qui composent la première fa- mille peuvent aisément être observées dans des momens elles aspirent et respirent ; c'est au bout postérieur de ces larves qu’est l'ouverture qui donne entrée à l’eau et par laquelle elle est ensuite chassée. Cette ou-

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26 HISTOIRE NATURELLE

verture est entourée par cinq petits corps , dont quatre sont de forme triangulaire, et trois seulement bien sensibles dans les larves de la première famille. De ces trois pièces triangulaires, l’une est au-dessus dans la ligne du dos et les deux autres sur les côtés; dans l'intervalle qui se trouve entre ces pièces, on en aperçoit une beaucoup plus petite de même figure, et lorsque la larve ferme son derrière , ces cinq pièces lui for- mentuneespèce de queue pyramidale. Toutes les fois qu'elle a des excrémens à rendre , ou qu’elle veut aspirer l’eau, elle ouvre cette pyramide , écarte les pointes qui étaient réu- nies À son sommet ?, et pendant que les pièces sont écartées on voit une ouverture ronde, au moins d’une demi-ligne de dia- mètre, dans les larves de grandeur mé-

* Ces pointes triangulaires sont des armes offen- sives et défensives dont Réaumur a va plusieurs nymphes du second genre faire usage pendant qu'il les tenait : elles recourbent lenr corps pour tâcher de saisir les doigts entre leurs pointes, qu’elles tien- ment écartées; quand elles y parviennent, elles

serrent avec assez de force pour faire une impression douloureuse.

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DES LIBELLULES, 27

diocre ; des jets d’eau en sortent par inter valle; ils sont quelquefois assez gros pour la remplir entièrement, et poussés avec as- sez de force pour être portés à plus de deux ou trois pouces de l’insecte. Si on tient une larve hors de l’eau, et qu’on la remette ensuite dans un vase il n’y en ait qu’une quantité suffisante pour la recouvrir, elle fait alors des inspirations et des aspirations fréquentes, et les jets d’eau qu’elle lance sont plus considérables; dans d’autres temps on n’aperçoit qu’une lente circulation au- tour de son derrière, mais chaque fois qu on la met hors de l'eau on ne manque guère de voir partir un jet.

Pendant qu'on la tient entre ses doigts on peut apercevoir le jeu des principales parties , au moyen desquelles elles respirent l’eau ; le trou qui est au bout du dernier anneau est le plus souvent bouché par des chairs verdâtres, mais dans plusieurs mo- mens il se fait une ouverture au milieu de ces chairs, qui permet de voir dans la ca- pacité du corps, On voit trois pièces plates , qui étaient dans un même plan, s'élever s

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28 HISTOIRE NATURELLE Ê

ellessont à peu près d’égale grandeur, faites en demi-cercle, et un peu concaves vers l'intérieur; une de ces pièces est attachée à la circonférence de la partie supérieure de l'anneau, et chacune des deux autres l’est à la circonférence d’un des côtés ; elles lais- sent en tout temps un vide triangulaire, mais peu sensible, parce qu'il est bouché par des parties qui sont dans l'intérieur : lors- que ces trois pièces, en se relevant et se portant vers le derrière, s’écartent les unes des autres, les parties qui étaient au-dessous s'en éloïignent , et s'approchent du corselet : on voit alors par le trou qu'elles ont laissé ouvert, l'intérieur de la capacité du corps, qui paraît un tuyau vide et qui l’est en grande partie, dans l'étendue qui répond aux cinq derniers anneaux : la capacité qui est vide alors, ou qui s’est seulement rem- plie d'air, se serait remplie d’eau s’il s’en fût trouvé à portée du derrière,

Pour voir distinctement ce quise passe pen- dant que la larve fait entrer de l’eau dans son corps , et pendant qu'elle l'en fait sortir, pen- dant qu'elle l'inspire ot la respire , on peut

DES LINELLULKS. 29 en faire tomber quelques gouttes sur la tête de celle qu’on tient entre ses doigts, la tête en‘bas, dans un moment les cinq pièces écailleuses qui lui forment une espèce de queue, se sont écartées les unes des au- tres ; à peine les gouttes seront-elles tom- bées, que les trois pièces en coquilles se releveront , pour laisser une ouverture qui permette à l’eau d'aller plus loin. Si on jette un coup d’œil sur l'extérieur du corps, on jugera que dans le même instant sa capas cité intérieure s'est agrandie; on verra le ventre, qui était plat, devenir convexe, et les deux côtés s'éloigner Pun de l’autre : alors le corps a un certain degré de trans- parence , si on le regarde vis-à-vis le grand jour, dans l'instant l’eau va être poussée dans son intérieur ; on remarque une espèce de gros tampon qui s'éloigne du derrière pour aller vers le corselet, et la capacité formée par les cinq amneaux postérieurs paraîtra devenir vide, On imagine aisément la causo qui fait entrer l'eau dans uné ca- pacité agrandie par le jeu d’une espèce de piston, Dans le moment suivant, on verra

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30 HISTOIRE NATURELLE

ce piston ou tampon retourner vers le der rière, les parois du corps se rapprocher , et un jet d’eau sortira; on ne sera pas plus embarrassé sur la cause qui aura fait sortir cette eau, que sur celle qui l’aura faitentrer.

Réaumur, qui a voulu s'assurer que le jeu de cette espèce de tampon était réel , a coupé le corps d’une libellule vers le cin- quième anneau, dans le moment le tam- pon paraissait étre autant éloigné du der- rière qu’il lui était possible; la partie pos- térieure qui fut détachée du reste, se trouva alors presque vide de parties solides ; mais un coup de ciseau semblable, donné à une autre nymphe dans un instant le tam- pon n’avait pu s’être autant rapproché que dans le cas précédent, détacha la partie postérieure , remplie d’un grand nombre de parties solides.

Dans, cette dernière circonstance, selon Réaumur , ou lorsqu'on ouvre le corps d’une larve dans toute sa longueur, cette masse, à laquelle il a donné le nom de tampon, et qui ne parait être rien de plus, vue au tra- vers de parois peu transparentes, offre da

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DES LIBELLULES. 3x

quoi fixer des yeux qui sont sensibles aux merveilles qui se trouvent dans l’organisa- tion des animaux : ils remarquent avec ad- - miration que cette espèce de tampon est un lacis de vaisseaux qui servent aux insectes pour respirer l'air ; ce sont des branches de trachées sans nombre, entrelacées les unes dans les autres; quatre troncs presque aussi * longs que le corps , dont il y en a deux de chaque côté, l’un au-dessus de l’autre, jet- tent des branches vers le milieu de leur lon- gueur, et de là, jusqu’à leur extrémité, en jettent de plus en plus. A leur bout, ils sont si proches les uns des autres, qu’il semble se fendre pour en fournir : c’est du côté in- térieur de chaque tronc qu'il en part le plus, et ce sont celles qui vont se lacer avec les branches des autres troncs. Il fau- drait, ajoute Réaumur, avoir donné plus de temps à l'examen de ces vaisseaux pour découvrir ce que leur position a de régu- lier, et comment ils se terminent, mais ce sont de vraies trachées ; elles en ont non seulement la blancheur et le luisant satiné , mais toute la structure qui est propre aux

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32 HISTOIRE NATURELLE

trachées des insectes. Chacune est formée par une infinité de tours d’un fil cartilagi- neux, tourné en spirale, dont notre auteur a dévidé une longueur de plus de trois pouces, en prenant le bout qui se présentait dans l'endroit une grosse trachée avait été cassée en deux; cest même sur ces trachées qu’il est le plus facile de voir que celles des insectes ne sont qu’une suite d’un prodigieux nombre de tours d’un fil extré- mement délié, appliqués les uns contre les autres. Une de ces trachées, observée au microscope, paraîtra cannelée transversale- ment ; la masse de ce fil fait l'office d’un pis- ton, qui sert à faire entrer l'eau dans le corps de l’insecte et à l’en chasser, lorsque Vair qu’elle contenait a été absorbé par l’ex- trémité des trachées qui s’y ramifient. Il paraît d’ailleurs que cette larve, passant à l’état de nymphe, ou de chrysalide, a également besoin de respirer l'air; on en a la preuve, dit Réaumur, en examinant son corselet, sur lequel on voit quatre stig- mates , dont deux placés en dessus , près de sa jonction avec le corps ; ils sont remar-

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quables par leur grandeur; chacun des deux autres est placé au-dessus de l'origine des deux premières paires de pates, assez près de la jonction du corselet avec le cou.

La nymphe a d’autres stigmates plus dif- ficiles à voir ; ils sont beaucoup plus petits que les précédens et plus cachés ; chaque anneau , excepté peut-être le dernier, en a deux , un de chaque côté.

On peut huiler les stigmates de ces nym- phes sans les faire périr, soit que l’huile ne s’y attache pas, à cause de l'eau qui les mouille, ou qu'ils soient si prompts à se fermer, que l'huile n’ait pas le temps d’y pé- nétrer; mais il nous paraît plus probable que ces stigmates ne sont d'aucun usage à la nymphe, ce sont plutôt les moules ou les empreintes de ceux que doit avoir l'insecte parfait.

Le canal des alimens va en ligne droite, depuis la bouche jusqu’à l'anus; mais il a trois renflemens qu’on peut regarder comme trois estomacs, analogues peut-être aux différens estomacs des ruminans.

L’extérieur de ces nymphes fournit des

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34 HISTOIRE NATURELLE particularités dignes d’être étudiées, et ai- sées à voir. Chaque nymphe porte une es- pèce de masque; ceux des nymphes des trois différens genres de Réaumur ont des formes différentes. Celles du premier genre ont sur le front un masque convexe, ar- rondi, que cet auteur nomme casque. Celui des nymphes du second genre est aplati ; il l'appelle masque plat, et il donne le nom de masque plat et effilé à celui des nymphes du troisième genre.

Ces nymphes ont quatre dents solides, larges et longues, qui se rencontrent au-de- vant et sur le milieu de la bouche, qui est grande. Cette bouche et ces dents ne sont visibles que quand on fait violence à une nymphe pour les mettre À découvert; elles sont cachées par le masque qui couvre le devant et le dessus de la tête, au-dessus de laquelle les yeux sont placés ; ce masque se termine par une espèce de menton; il est solide et d’une matière cartilagineuse. On y distingue une espèce de suture qui le di- vise en deux parties, dont l’intérieure, plus courte que l’autre, est nommée par Réau-

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DES LIBELLULES. 35

mur /e Jront du masque, Vautre la menton- nière. Ce masque n’est qu’appliqué contre la tête, il ne lui est nullement adhérent ; on peut aisément l'en éloigner au moyen d’une pointe fine, alors on voit distincte- ment la bouche et les dents.

Quand on éloigne le masque de la tété, on le fait tourner comme sur un pivot. Le menton est articulé avec une pièce qui est, en quelque sorte, le pied ou le support du masque, et son origine est auprès du cou : la face extérieure de cette pièce, comme la face extérieure du masque, est cartilagineuse ; mais les faces intérieures de lun et de l'autre sont recouvertes de chair, et c’est sont placés les muscles qui assujettissent le masque contre la tête,

Le seul usage du masque n’est pas de cou- - vrir la bouche, il doit encore la fournir d’aliment. Outre la suture transversale dont nous avons parlé, il y en a une autre lon- gitudinale sur le front, qui le divise en deux païties égales jusqu’à la suture transversale : - au moyen de ces différentes sutures, la nym- phe ouvre, comme il lui plaît, l’une ou

36 HISTOIRE NATURELLE

l'autre de ces deux partiès à la fois. Ces nymphes, qui sont carnassières, et qui sont continuellement à l'affût des insectes aqua— tiques dont elles se nourrissent, se servent de ces pièces, que Réaumur nomme des volets, pourattraper leur proie. Les bords de ces pièces ont des dentelures qui les tien- nent assemblées lorsque le masque est fermé; ce sont des vraies dents très fines, mais fortes, propres à retenir l’insecte qui a été saisi. Chaque volet a encore une longue pointe qui part de son angle intérieur.

Le masque plat des nymphes du secoud genre est, pour l'essentiel, construit comme le précédent ; le front, au lieu d'être fait de deux volets, l'est de deux espèces de serres, dont chacune est terminée par une longue et forte pointe écailleuse, Une nym- phe qu'on tient dans la main , fait souvent sentir que ces pointes sont capables de per- cer des insectes ; elle perce avec ses dents lés chairs de la main qui lui fait violence ;

"mais leurs piqüres ne sont ni dangereuses ni bien douloureuses. L'insecte tient ordinaire- ment ces pinces couchées l’une sur Pautre ,

DES LIBELLULES, 37 de manière qu’on ne les distingue que quand on cherche à les voir. :

Les masques plats et effilés des libellules du troisième genre ont vis-à-vis de la bou- che une ouverture en forme de losange ; elle n’est visible que lorsqu'on éloigne le masque de la tête : dans la position ordi- naire, elle est bouchée par un bouton charnu qui est comme la langue de la nym- phe; il est placé auprès de la dernière paire des dents. Les serres de ces masques se tien- nent par quatre pointes longues , écailleuses, courbes, qui semblent étre des doigts déliés, dont lun; plus court que les autres, est analogue au pouce. Chacune de ces serres

est articulée à un des bords du masque ;

“quand elles sont écartées l’une de l’autre, On voit deux pièces qui s’accrochent en- semble; chacune de ces pièces sert d’ap- pui à une des serres quand celles-ci sont posées sur le masque.

Ces dernières nymphes ont à l'extrémité de leur corps, qui est plus long et plus effilé que celui des autres, trois espèces de nageoires plates, cartilagineuses, de figure

VII. 4

38 HISTOIRE NATUREULE

ovale, plus étroites à leur origine qu'à leur extrémité ; chacune a une grosse côte qui la partage en deux parties égales; de cette côte partent des filets dirigés comme le sont les barbes des plumes. D’autres espèces de ce même genre ont trois pièces cartilagi- néuses analogues aux piquans des nymphes du premier et du second genre , en ce qu’elles peuvent se réunir pour former à l’insecteune queue pointue , et qui semble d’une seule pièce. Ces dernières nageoires sont beau- coup plus longues que les piquans. auxquels nous les comparons; celle du milieu, atta- chée au-dessus du comps, est plus courte que les deux autres : toutes les trois vont en diminuant depuis leur origine jusqu’à l’ex- trémité, qui se termine en pointe, et elles sont pliées en gouttière.

La plupart des larves, et peut-être toutes, vivent dix à onze mois sous l’eau avant d'être en état de se transformer en insecte parfait. Pendant cet intervalle, «elles chan- gent plusieurs fois de peau : c’est depuis le milieu du printemps jusqu'au commence- ment de l'automne que leur métamorphose

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DES LIBEILLULES:. 39

a lieu. On connaît que ce temps approche, non seulement par la grandeur des nym- phes, mais par la figure que prennent les fourreaux des ailes ; les deux d’un même côté deviennent plus détachés l’un de l’au- tre; dans plusieurs espèces ils changent de position ; au lieu d’être appliqués à plat sur le corps, ils se sont redressés,

C’est hors de l’eau que doit s’accomplir la grande opération qui fait passer l’insecte de l’état de larve à celui d’habitant de l'air. Cependant toutes les nymphes que l’on voit sur le bord d’un bassin ou d’un ruisseau, ne sont pourtant pas prêtes à devenir ailées ; ce sont celles que l’on trouve sur des tiges ou des branches de plantes qui se prépa- rent à quitter leur dépouille.

Les unes se métamorphosent une heure on deux après être sorties de l’eau, d’autres sont un jour entier avant de changer de forme.

La nymphe, en sortant de l’eau, reste à Pair un certain temps pour se sécher ; en- suite elle se met en marche, et cherche un endroit elle puisse être commodément. C’est ordinairement sur une tige, sur

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40 HISTOIRE NATURELLE

une branche, qu’elle cramponne ses pates, et s’y place toujours la tête en haut.

La nymphe qui s’est fixée, et dont les yeux sont beaucoup plus transparens qu'ils ne l’ont été jusqu’à ce moment, se tient tranquille. Les mouvemens par lesquels la transformation est préparée se passent inté- rieurement ; le premier effet sensible qu’ils produisent est de faire fendre le fourreau sur le corselet, qui bientôt s'élève au-des- sus des bords de la fente, se gonfle, et l’oblige à devenir plus longue : parvenue à la hauteur des yeux, il se fait une seconde fente perpendiculaire à la première, qui s'étend d’un œil à l’autre, et la libellule, qui dans le moment a la faculté de gonfler sa tête, la dégage insensiblement de son en- veloppe ; ensuite elle fait sortir ses pates. Pendant que ses pates se dégagent , on ob- serve de chaque côté deux cordons blancs, attachés chacun à la partie de la dépouille qui couvrait le’ corselet : ce sont les quatre gros troncs des trachées de la nymphe; en- fin, pour achever de tirer ses pates de leurs étuis, elle se renverse la tête en bas; elle

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DES LIBELLULES. 4x

n’est alors soutenue que par ses derniers anneaux qui sont restés dans la dépouille; ils forment une espèce de crochet qui l’em- pêche de tomber. Après être restée un cer- tain temps dans cette attitude, elle sevre- tourne , saisit avec les crochets de ses pates la partie antérieure de son fourreau, s’y cramponne, et achève d’en tirer la partie postérieure de son corps. Alors ses ailes sont étroites, épaisses, posées les unes sur les autres, plissées comme une feuille d’ar- bre prête à se développer. Ce n’est qu'au bout d’un quart d’heure qu’elles ont acquis toutes les dimensions qu’elles doivent avoir; mais elles sont environ deux heures à se dessécher, et à acquérir assez de solidité pour soutenir la libellule, qui pendant que ses ailes sont dans cet état, reste dans l’inaction. Ces insectes quittent non seule- ment leur fourreau, mais encoreleur masque. +

Dès que leurs ailes sont affermies, elles prennent l’essor comme les oiseaux de proie et pour le même objet. Elles doivent passer une partie de leur vie au milieu des airs; elles y font cent tours et retours pour y dé-

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42 HISTOIRE NATURELLE

couvrir d’autresinsectes ailés, auxquels elles soient supérieures en force, et s’en emparer. Les mâles ont bientôt un autre objet dans leur vol, qu'ils dirigent successivement de différens côtés, celui de trouver des femelles auxquelles ils puissent s'unir. Leurs amours, c'est-à-dire la manière dontse fait la jonction dumäle avec la femelle, est ce que l’histoire de ces insectes a de plus particulier à nous apprendre. Depuis le printemps jusque vers le milieu de l’automne, on trouve des libel- lules de différentes grandeurs et de diffé- rentes espèces ; le long des rivières et dans les prairies. On les voit sur les plantes ou en l'air, voler par paire : celle qui vole la première a l'extrémité de son corps posée sur le cou de celle qui suit toutes deux vo- lent de concert, ayant le corps étendu en ligne droite : le premier est le mäle, qui avec des crochets tient sa femelle par le cou et la conduit il veut; ce qui ne paraît pas déplaire à la femelle, puisqu'elle agite ses ailes comme si elle était libre. Eeuwenhoek a cru que les deux bibellules ainsi jointes, le sont de manière à ce que

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DES LIBELLULES, 43 le mâle féconde les œufs de la fémelle ; il a cru que le mâle avait à son derrière la partie qui sert à les vivier, et que l’ouver- ture destinée à recevoir cette partie était placée sur le corselet de la femelle; il a cru y voir le trou par les œufs doivent sortir. Mais cette ouverture est placée dans les fe- melles en dessous de leur corps, presque à l'extrémité , et les parties du mâle en dessous des premiers anneaux, près dela jonction de l'abdomen avec le corselet : ce que Leuwen- hoek avait pris pour l’accouplement, n’en est que le prélude. Une femelle qui vole, a bientôt un mäle à sa suite, Si une autre femelle se pose sur une plante, elle n’y reste pas long-temps seule, quelque mâle ne tarde pas à venir voler autour et au-dessus d'elle, car le mâle tend toujours à prendre le dessus de la fe- melle, soit qu’elle vole ou qu’elle soit en repos. C’est au dessus desa tête qu’il en veut d’abord ; il cherche à s’en approcher assez près pour la saisir avec ses pates : dès qu'il la tient, il contourne son corps pour en amener le bout sur le cou dela femelle, et

*. 44 HISTOIRE NATURELLE

dans l’instant il ly cramponne de manière qu’elle ne peut plus se séparer de lui : il se sert de deux grands crochets, dont l’extré- mité est mousse, avec lesquels il tient le cou de la femelle comme avec une pince.

Si cette première jonction s’est faite en

Vair, ils ne tardent pas à venir se poser sur une branche, le mâle toujours élevé au-des- sus de la femelle.

Les préludes durent quelquefois une heure et plus; souvent on en voit se séparer après un temps aussi long, sans que le mâle ait pu vaiucre l’obstination de la femelle.

Lorsqu'enfin la femelle se détermine à une action pour laquelle elle a d’abord montré de l'éloignement, elle contourne son corps, le porte ensuite sous le ventre du mâle, et à peine en a-t-elle approché, qu’elle se retire en arrière et reprend sa première attitude ; mais après avoir répété cette ma- nœuvre deux ou trois fois, elle finit par l'y fixer.

- Pendant l’accouplement, le mâle tient sa femelle par le cou avec les deux crochets qui sont à l’extrémité de son corps; la fe-

DES LIBELLULES. 45 melle cramponne ses pates sûr l’abdomen du mäle, et dans cette position ils cher- chent la solitude sur quelques branches , souvent ils sont troublés par un mâle ja- loux qui voltige autour d’eux. Si ce mâle arrive avant l’accouplement, il force quel- quefois son rival à prendre la fuite; mais celui-ci, en lui cédant la place, ne fuit point sans emporter avec lui sa femelle. Si dans ce moment l’accouplement est bien complet, il ne se fait aucun changement dans l’atti- tude de l’un et de l’autre, et le mâle est chargé du poids de la femelle qu'il enlève; mais s'ils sont forcés de s'éloigner peu de temps après qu'a commencé l’accouplement, la femelle dégage l'extrémité de son corps qu'elle remet en ligne droite, et Fun et l’autre volent ensemble, vont se poser sur une autre branche, et la femelle se rejoint au mâle plus facilement que la première fois.

La durée de l’accouplement, comme celle de ses préludes, est plus ou moins longue, selon qu'il fait plus ou moins chaud ; on voit des libellules qui restent parfaitementjointes pendant plus d’une demi-heure, et qui, lors-

46 HISTOIRE NATURELLE

qu’elles sont tr blées, se séparent et s’ac- couplent de nouveau quelques minutes après. Réaumur croit que c’est en l’air que se fait la jonction parfaite de beaucoup d'espèces, entr’autres de celles à tête ronde et à corps long.

Les femelles ne gardent pas long-temps leurs œufs après qu’ils ont été fécondés ; celles de la première division commencent et finis- sent leur ponte avant la fin du jour elles se sont accouplées. Ces femelles pondent tous leurs œufs à la fois, ils sont réunis en une grappe qu’elles laissent tomber dans l’eau. Ces œufs sont blancs, moins oblongs que des œufs ordinaires : l'ouverture par la- quelle ils sortent de leur corps, est celle dans laquellé s’est introduite la partie du mäle qui les a fécondés ; elle est placée près de Vanus. Les œufs des femelles de la seconde division ne sont pas réümis en grappe comme» ceux des espèces précédentes. Réaumur croit qu’elles les pondent un un, et qu’elles ne se contentent pas de les jeter dans l’eau, mais qu’elles les confient à quelques plantes après y avoir fait des entailles propres à les

DES LIBELLULES. 47

recevoir. Il a trouvé à l'extrémité du corps de ces libellules deux plaques écailleuses ap- pliquées l’une contre l’autre, dont le bord extérieur est taillé en scie, et il croit ces parties destinées à couper la plante qui doit recevoir les œufs.

Les parties du mâle au moyen desquelles il se joint à sa femelle, sont placées dans une portion du dessous du premier anneau; mais les plus essentielles et les plus remar- quables se trouvent dans toute la longueur du dessous du second. Celle qui caracté- rise le mâle saille en dehors d’une coulisse dans laquelle plusieurs pièces sont pla- cées. Cette partie et quelques autres, ne sont faites ni disposées précisément de la même manière dans les mâles des deux fa- milles. Réaumur va nous donner une idée générale de ces parties et de leur arran- gement.

Le petit corps qui est propre au mâle, sort en tout temps un peu en dehors au-delà de la coulisse : au moyen d’une légère pres- sion , on lefait sortir davantage, et en même temps un autre corps plus gros auquel il

tite CR. | nié nb den dd dd à 48 HISTOIRE NATURELLE tient, Pour se faire une idée de l’un et de l'autre, on peut, dit Réaumur, se repré- senter un vase en forme de pot, qui aurait une anse qui s’éleverait au-dessus de ses bords, et dont le bout le plus élevé se ter- minerait par un bouchon engagé dans l'ou- verture du vase. Le petit corps qui saille dans des temps ordinaires est l’anse, dont un des bouts est engagé dans le vase même.

. Cette espèce d’anse est probablement des- tinée à porter la fécondité dans les œufs de la femelle, dans le corps de laquelle elle s’introduit après s'être redressée. Ce bout est charnu et fendu ; quand on le presse, on peut remarquer qu'il s'ouvre, et la partie que notre auteur appelle le vase, a son autre extrémité en forme de queue qui de- vient déliée de plus en plus : elle est logée dans le troisième anneau. Réaumur décrit encore plusieurs autres pièces qui se trou- vent placées auprès des deux qu'il nous a fait connaître; il les croit destinées seule- ment à saisir les parties de la femelle qui touchent celles du mâle pendant l’accou- plement.

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DES LIBELLULES, 19

Les mâles des libellules de la grande es- pèce ont quelques unes de ces parties assez semblables à celles des mâles de la petite espèce, mais quelques unes en diffèrent : elles servent cependant toutes aux mêmes usages.

Les libellules ont la tête assez grosse, hé- misphérique, tronquée postérieurement ; le front élevé et vésiculeux.

Les yeux très grands, taillés à facettes ; dans quelques espèces ils sont réunis sur le sommet de la tête, de chaque côté de laquelle ils sont placés.

Leur corselet est court, comprimé,

L'abdomen est long, cylindrique, aplati dans quelques espèces , sillonné en dessous, terminé dans les mâles par deux crochets.

Les ailes sont longues, étroites, un peu arrondies à l'extrémité; les supérieures et les inférieures ont à peu près les mêmes pro- portions; elles sont transparentes , réticu- lées, attachées à la partie supérieure du corselet : dans l’état de repos, les unes les portent étendues horizontalement, les autres élevées et parallèles à leur corps.

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5o HISTOIRE NATURELLE

Les pates sont courtes; les tarses filiformes, composés de trois cn terminés par, deux crochets.

Cegenre renferme un ni nombre d’es- pèces; plusieurs habitent les environs de Paris : nous décrirons quelques unes des plus remarquables par leurs couleurs.

La Libellule aplatie, Libellula

depressa.

Cette espèce a près de trois pouces d’en- vergure ; elle est d’un brun un peu jaunâtre; le corselet a deux lignes jaunes; l'abdomen est en forme de lame d'épée, tantôt brun, tantôt couleur d’ardoïse , avec les côtés jau- nâtres.

On trouve cette espèce aux environs de Paris et dans toute la France : elle est très commune.

La Libellule bronzée, Libellula œnea.

‘Cette espèce a plus de deux pouces et demi d'envergure; elle est une des plus grandes; sa tête, son corselet ete dessus de

Insectes. PL 39.

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: DES LIBELLULES. 5x Vabdomen sont d’un beau vert foncé très brillant, doré; le corselet est couvert de poils roux; les yeux sont d’un brun clair un peu verdâtre; le derrière de la tête est noir ; la lèvre inférieure jaune; le dessous du pre- mier anneau a deux grandes taches j Jaunes; le dessous des autres est noir, avec quelques taches brunes et grises ; les ailes sont trans- parentes, lavées d’une légère teinte jaune, plus foncées à leur base; les nervures sont noires ; elles ont À leur extrémité antérieure un stigmate ou tache noire; les pates sont noires.

On la trouve aux environs de Paris.

On peut voir dans les généralités de ce genre la manière dont ces insectes s’accou- plent et déposent leurs œufs.

La Libellule grande, ZLibellula grandis. G. Æshnoe. Lame.

Cette espèce est la plus grande et la plus commune; elle à près de quatre pouces doit mi sa tête est jaune, ses yeux

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52 HISTOIRE NATURELLE bruns; son corselet est brun, avec six lignes un peu obliques, vertes, dont deux à la partie antérieure et deux de chaque côté sous les ailes; l'abdomen est cylindrique , brun; les anneaux ont de chaque côté des taches jaunes un peu verdâtres, et.en dessus, à leur extrémité, deux taches triangulaires bleues; les crochets qui termi- nent l'abdomen du mâle sont très longs; les ailes sont transparentes, avec deux pe- tites taches brunes près de l'extrémité , le long du bord extérieur ; les pates sont noires.

On la trouve en été et en automne aux environs.de Paris , auprès des ruisseaux et des prairies.

La Libellule vierge, Libellula virgo. G. Agrion. Larr.

Cette espèce a près de deux pouces et demi d'envergure; le mäle diffère de la fe- melle par les couleurs ; la tête, le corselet et l'abdomen sont d’une belle couleur dorée, bleue dans les mâles, verte dans les femelles;

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les ailes des mâles sont d’un brun jaunûtre, avec une grande tache opaque d’un brun foncé qui en couvre une partie. Celles des femelles sont jaunâtres; elles ont près de l'extrémité, le long du bord inférieur, une petite tache blanche : dans les deux sexes les pates sont noires.

Cette espèce: varie beaucoup.

Elle est très commune aux environs de Paris.

La Libellule à tenailles, Zibellula Jorcipata.

G. Æshne. Larr.

Elle a de vingt-huit à trente lignes d’en- vergure; sa tête est jaune; ses yeux sont bruns; son corselet est d’un vert jaunâtre , avec deux lignes noires, obliques, de chaque côté ; l'abdomen est brun et très allongé; il a au-dessus une bande longitudinale jaune, qui se prolonge jusqu’au sixième anneau ; les anneaux ont de chaque côté deux taches jaunes, une à la partie supérieure, petite et transversale, l’autre longitudinale, et

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54 HISTOIRE NATURELLE

placée à la partie inférieure; les ailes sont diaphanes, et ont un stigmate oblong et noir à leur extrémité antérieure.

Cette espèce est commune aux environs de Paris.

La Libellule Amélie, Zibellula puella.

G. Agrion. Late.

Cette espèce a vingt à vingt-deux lignes d'envergure; elle varie beaucoup pour la couleur. Son caractère général est d’avoir la tête extrêmement large, le corps cylin- drique et gréle, les ailes antérieures entiè- rement diaphanes , avec un stigmate à leur extrémité.

La variété À à la tête, le corselet et l'abdomen d’an beau vert doré; la partie inférieure de la tête et dn corselet est d’un jaune pâle; les yeux sont d’un brun clair én dessous, et plus bruns en dessus ; il y a sur le corselet deux lignes longitudinales jaunes et écartées; les pates sont vertes et dorées en devant, et jaunes postérieure- ment; les tarses sont noirs.

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La variété B a la tête et le corselet d’un bleu doré; le dessous est jaune ; le corselet a deux lignes longitudinales rouges; l’ab- domen est rouge jusqu'aux trois derniers anneaux, qui sont noirs, avec leur bord inférieur rouge ; les pates sont noires.

La variété C a tout le corps, en dessus , d'un vert bleuñtre et doré, sans aucun mélange d’autres couleurs.

La variété D a le corselet, en dessus , d’un gris un peu soyeux ; chaque anneau de l’ab- domen est terminé par un bord noir.

La variété E diffère de la précédente par une ligne brune, longitudinale ;, qui règne sur la partie supérieure des anneaux.

La variété F a le corps d’un vert un peu rougetre ; elle a sur le corselet trois bandes noires longitudinales ; l'abdomen est brun en dessous, et il a quelquefois en dessus une raie brune, longitudinale.

Cette espèce et ses variétés se trouvent communément aux environs de Paris.

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56 HISTOIRE NATURELLE

| XV° GENRE.

PERLE.

Caractères génériques. Antennes longues, sétacées; articles nombreux, très courts, le premier un peu plus gros. Quatre antennules filiformes, assez longues, les antérieures composées de quatre ar- ticles, les postérieures de trois. Abdomen ter- miné, dans la plupart des espèces, par deux soies distantes et sétacées. Trois petits yeux lisses.

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|

|

| Les perles, que plusieurs naturalistes ont confondues avec les friganes, parce qu’elles ont, comme elles, les antennes filiformes, que leurs larves sont aquatiques et confor- mées de même, en diffèrent par des carac- | tères très sensibles.

Un de ces caractères sont deux filets que la perle a à l'extrémité de l'abdomen : ces filets sont composés de plusieurs articles distincts ; ils sont placés de chaque côté du

_ dernier anneau. La perle a les ailes transparentes, elle es porte croisées et couchées à plat sur son corps : la frigane, au contraire, les porte £ ! x

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2.

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DES PERLES. 57 en toit élevé, et le bord extérieur penché, de même que plusieurs teignes et noc- tuelles. °

Ces insectes diffèrent encore des friganes par la forme de leur tête et de leur corse- let : la perle a ces deux parties beaucoup plus larges que la frigane,

Les tarses de la perle n'ont que trois ar- ticles ; ceux de la frigane en ont cinq.

Ce qui rapproche les insectes de ces deux genres , c’est la manière de vivre de leurs larves : les unes et les autres sont aquati- ques. Celles des perles ont le corps allongé, composé de plusieurs anneaux ; elles ont six pates et une tête écailleuse.

Ces larves filent un fourreau de soie qu’elles recouvrent de différens matériaux ; il sert à les loger et à les vêtir, elles le trans- portent partout avec elles. C’est dans ce fourreau qu’elles subissent leur métamor- phose ; mais avant la transformation, elles en bouchent l’ouverture avec plusieurs brins de soie dont elles font un tissu peu serré, que Réaumur à nommé grille. Cette grille laisse un libre passage à l’eau dont la larve a be-

D Tu nd à 58 HISTOIRE NATURELLE

soin, ét la met en même temps à l'abri d’ennemis voraces. Cette opération finie, la larve se change en nymphe, sur la- quelle on distingue toutes les parties que doit avoir l’insecte parfait; la perle tarde peu à paraître après sa métamonphose. Dès qu’elle a quitté son fourreau, que la larve a placé près de la surface de l’eau, elle prend lessor et va chercher un individu de son espèce pour s’accoupler. Après Paccou- plement, la femelle dépose ses œufs dans l'eau, les larves qui en doivent sortir trouveront leur nourriture. C’est auprès des étangs, des ruisseaux et des mares qu'on voit voler les perles.

Ce genre renférme peu d’espèces, qui presquetoutes habitentles environsde Paris Nous en décrirons quelques unes.

;

La Perle jaune, Perla lutea.

Cette espèce est une des plus petites de ce genre; elle n’a que deux ou trois lignes de longneur ; sa tête etson corps sont jaunes; ses yeux noirs; ses antennes sont jaunes

3. Per brune.

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2.Amel

LE Fr DES PERLES. bg jusque près de Vextrémité, qui est noire; se5 ailes sont pâles, une fois plus longues que son corps.

Elle habite les environside Paris. Souvent en été on la voit voler le soir dans les mai- sons.

Sa larve vit dans l’eau; elle se fait un. très joli habit avec les feuilles de la lentille # d’eau qui se trouve à la surface des eaux dormantes ; elle coupe les feuilles en petits carrés , en recouvre son fourreau de ma- nière qu'on ne le prendrait point pour la demeure d’un insecte : il ressemble à un cylindre sur lequel serait roulé un petit ruban vert.

La Perle brune, Perla bicaudata.

Cette espèce est beaucoup plus grande que la précédente ; elle a sépt à huit lignes de longueur; sa couleur est brune ; élle a sur le milieu de la tête et dh corselet une ligne longitudinale jaune ; à lfextrémité de l’abdo- men, deux.filets à peu.près de la longueurdes antennes; ses ailes sont d’un tiers plus lon-

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60 HISTOIRE NATURELLE

gues que son corps, sur lequel elle les porte croisées.

Elle habite l’Europe : on la trouve au printemps au bord des eaux, dans les en- virons de Paris.

Sa larve vit dans l’eau : elle se fait un fourreau comme celui de la précédente.

La Perle nébuleuse, Perla nebulosa.

Cette espèce est moins grande que la pré- cédente ; sa tête et son corps sont d’un brun presque noir ; es ailes sont d’un tiers plus longues que son corps; elles sont transpa- rentes; les nervures sont brunes et très sail- lantes. Vue à-la loupe, on aperçoit sur la tête, le dessous du corps, et le long du bord extérieur des ailes supérieures , des poils courts,

Elle habite l’Europe : on la trouve au printemps aux environs de Paris’, dans les mêmes endroits que la précédente.

DES RAPHIDIES. LOT:

DEUXIÈME SECTION.

Quatre articles aux tarses.

XVI GENRE.

RAPHIDIE.

Caractères génériques. Antennes filiformes, de lon- gueur moyenne; articles égaux, peu distincts, le premier un peu plus gros que les autres. Quatre antennules courtes, presque égales, filiformes; les antérieures composées de quatre articles, les postérieures de trois, Abdomen terminé dans la femelle par un appendice sétacé, assez long. Trois petits yeux lisses.

Ce genre est composé de cinq à six es- pèces; deux habitent l'Europe, et se trou- vent aux environs de Paris. Les larves de ces insectes ne sont connues que depuis peu de temps. Linné est le seul naturaliste qui: ait dit, dans sa Fauna Suecica , que sa nymphe est de celles qui sont ambulantes , qui marchent et agissent jusqu'au mo- ment de leur dernière transformation , et qui portent les ailes que doit avoir l’insecte par-

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62 HISTOIRE NATURELLE

fait dans une enveloppe placée de chaque

côté de leur corps. C'est ordinairement dans des endroits

aquatiques ou au bord des eaux qu'on trouve

cet insecte, dont nous nous bornerons à

faire la description.

La Raphidie ophiopse, Rapihdia ophiopsis.

Cet insecte a six lignes de longueur; sa tête «et son corps sont d’un noir un peu brillant , ses ailes transparentes ; elles ont les nervures noires, et près de l’extrémité une petite tache brune , comme en ont celles des libellules; ces ailes sont appliquées le long du corps, au-dessus duquel les deux bords intérieurs sont élevés en toit aigu; sa tête est large antérieurement, étroite posté- rieurement,un peu aplatie dans toute sa lon- gueur ; son corselet est long, cylindrique ; l'abdomen des femelles est terminé par un appendice sétacé de la longueur des an-

M. Latreille a trouvé cette larve sous les écorces des arbres : elle diffère peu de l’insecte parfait.

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DES RAPHIDIES. 63

tennes : il est vraisemblable que la femelle s’en sert pour percer la substance sur la- quelle elle dépose ses œufs.

Elle habite l’Europe : on la trouve en été aux environs de Paris, auprès des mares et des rivières, dans les prairies ou dans les bois. Dans de certaines années, elle est très commune,

La Raphidie notée, Raphidia notata.

Cette espèce est longue de neuf lignes ; elle ressemble beaucoup à la précédente ; mais elle en diffère, outre sa taille , par les antennes noires, dont quelques articles de la base seulement sont testacés; par une ligne dorsale et longitudinale jaunâtre, qui s’avance de la base jusqu'au milieu de la tête, celle-ci ayant sa partie antérieure pres- que carrée, et ne commençant à se rétrécir que loin des yeux ; par ses cuisses posté- rieures d’un brun roussâtre, et par le point marginal des quatre ailes, d’un brun noi- râtre.

Elle se trouve aux environs de Paris.

64 HISTOIRE NAXURELLE

TROISIÈME SECTION.

Cinq articles aux tarses.

XVII GENRE.

HÉMÉROBE.

Caractères génériques. Antennes sétacées, assez longues; articles très nombreux et peu distincts. Quatre antennules inégales, filiformes; les antérieures composées de quatre articles, les pos- térieures de trois. Abdomen simple. Point de petits yeux lisses.

Lxs hémérobes ont quelque rapport avec les myrméléons et les friganes ; ils diffèrent des premiers par la longueur de leurs an- tennes; des seconds, par les ailes.

Les hémérobes ont la tête large, les yeux saillans.

Les ailes longues, réticulées.

Les pates de moyenne longueur.

Le nom d’hémérobe à été donné à ces insectes, parce qu'ils vivent au plus deux ou trois jours sous la forme d’insecte parfait.

Ce sont de fort jolis insectes dont les ailes

DES HÉMÉROBES. | 65

sont très grandes par rapport à la longueur de leur abdomen : dans l’état de repos, ils, les portent en toit élevé au-dessus de leur. Corps ; ces ailes sont délicates et minces : il n’est point de gaze qui ait une transpa- rence pareille à la leur; on aperçoit au tra- vers le corps de l’insecte au-dessus duquel elles sont élevées. Leur corps est d’un vert tendre éclatant; quelquefois il paraît avoir une teinte d’or. Leur corselet est de même couleur; mais ce que ces insectes ont de plus brillant, ce sont les yeux; ils sont gros, saillans, couleur de bronze rouge ; le métal le plus poli n’approche pas de leur éclat. On trouve très fréquemment ces insectes. dans les jardins, leurs femelles cherchent à déposer leurs œufs, qui sont fortsinguliers. On voit souvent sur les feuilles de différens arbrisseaux de petites tiges de la grosseur d’un cheveu, longues d'environ un pouce , de couleur blanche, au nombre de dix ou douze, posées les unes à côté des autres , quelquefois attachées au - dessous de Ja feuille, quelquefois en dessus, Ces petites tiges sont rarement droites, elles ont un

Les 4,

66 HISTOIRE NATURELLE

peu de courbure, l'extrémité de chacune est terminée par une espèce de petite boule allongée , qui est l'œuf de l’hémérobe. Quelques naturalistes ont pris ces œufs pour des plantes parasites, ou pour des fleurs, avant que le célèbre Réaumur les eût reconnus pour ce qu'ils sont. Les larves en sortent en perçant la coque, et descen- dent sur les feuilles peuplées de pucerons. Dès que Réaumur se fut convaincu que ces prétendues plantes étaient des œufs, il lui restait à savoir comment la femelle s’y prend pour les attacher. N'ayant pu la prendre sur le fait , il a imaginé un mécanisme assez simple, au moyen duquel il l'explique. Il suppose que l'œuf est enveloppé par un de ses bouts d’une matière visqueuse propre à être filée, et que c’est ce bout qui sort le premier; que la femelle applique sur la feuille, une portion de cette matière s’at- tache ; qu’elle éloigne ensuite son derrière de l'endroit contre lequel elle Pavait appli- qué, et qu’alors la petite goutte de matière attachée par un bout à la feuille, et par l’autre à l’œuf, que la femelle retient à son

DES HÉMÉROBES. 67 derrière, se tire en un filet qui bientôt se sèche et prend la consistance d’un gros brin de soie. Lorsque la femelle éloigne encore son derrière , et qu’elle cesse de com- primer son anus, le fil lui-même, qui a pris de la consistance, retire du derrière de l'hé- mérobe l’œuf auquel il est collé; il le porte et le soutient.

Réaumur a donné aux larves d’hémérobe le nom de lion des pucerons, parce qu’elles se nourrissent de ces insectes. Ces larves ont à la partie antérieure de la tête deux espèces de cornes, au moyen desquelles elles saisissent leur proie et la sucent. Placée sur ne feuille qui est couverte de puce- rons , la larve n’a pas de grands mouve- mens à faire pour se procurer sa nourri- riture; aussi détruit-elle en peu de temps une grande quantité de ces petits êtres fai- bles ; qui ne connaissent pas le danger qu'ils courent en restant auprès d’un ennemi aussi redoutable pour eux, et auquel ils sem- blent venir s'offrir comme des victimes. Beaucoup plus agile qu'eux, elle s'empare à son gré de celui qui lui convient, Saisir

bi. 12h 44

68 HISTOIRE NATURELLE le plus gros et le sucer, est pour elle l’af- faire d’une demi-minute, Ces larves si cruelles pour cette espèce , ne le sont pas moins pour la leur : quand le hasard fait qu’elles se rencontrent, il arrive souvent que la plus forte s'empare de la plus faible , et la traite comme un malheureux puceron. Parmi les-larves des hémérobes, il y en a qui ont le corps moins aplati que les

autres. Comme les teignes, elles aiment à

être vêtues : leur habillement, loin de les parer, les défigure; c’est une couverture très informe qui les couvre depuis le col Jusqu'à l'extrémité; elle est d’une épais- seur considérable par rapport à l’insecte, qui semble chargé d’une petite montagne ; elle est faite d’une {infinité de petits corps blancs, bruns ou noirâtres, amoncelés les uns sur les autres. Ces petits corps sont légers ; ce sont les peaux, le duvet et les parties sèches des pucerons dont la larve s’est nourrie. Pour voir si elles ne feraient pas usage de différentes autres matières lé- gères, et si elles employaient quelque art pour les faire tenir sur leur corps, Réau-

DES HÉMÉROBES. 69 :

mur enleva l’habit à une de ces larves. Après l’avoir mise à nu, il l’enferma dans un poudrier il y avait une petite coque de soie blanche; une heure après, il la trouva couverte en partie de la soie de cette coque, qu’elle avait eu la peine de briser, Il lui ôta sa nouvelle couverture, pour l'obliger de s'en faire une autre sous ses yeux. Pour lui rendre l'opération plus fa- cile, il vatissa du papier, et mit dans le poudrier la râpure. Jamais peut-être, dit Réaumur, larve de cette espèce n'avait eu une matière si commode, et n’en avait ja- mais eu à la fois une si grande quantité à sa disposition ; aussi se fit-elle la couverture la plus complète, la plus épaisse, la plus éle- vée qu’ait peut-être portée larve semblable. Au reste , toutes les particules de duvet qui composent l’habit de cet insecte , ne tien- nent ensemble que par une espèce d’entre- lacement grossier : ce vêtement n’est as- sujetti sur son dos , que parce qu'il s’engrène dans les sillons qui séparent les anneaux, et dans les rugosités qui séparent les an- neaux même. Sa construction demande ce-

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70 HISTOIRE NATURELLE

pendant quelque adresse de la part de linsecte, et surtout une grande souplesse et une grande agilité dans sa tête, et dans l’espèce de corselet auquel elle tient. C'est avec ses deux cornes que l’insecte prend chacune des petites masses de duvet qu'il veut faire passer sur son dos : il a l'adresse de les prendre et de les tenir avec ses cornes, de manière qu’elles se trou- vent appuyées sur sa tête ; élevant ensuite sa tête brusquement comme pour donner un coup , il fait sauter la petite masse co- tonneuse sur son corps ; si elle n’a pas été jetée il la voulait, en relevant davantage sa partie antérieure et donnant quelques con- torsions à son corps, il la conduit plus loin: mais la facilité qu’il a d'élever et de porter sa tête sur son dos , de l’y renverser, aide plus que tout le reste ; la tête se trouve en état de presser les masses cotonneuses qui sont sur les premiers anneaux. La partie À laquelle tient la tête a une si grande flexi- bilité, que quand on a posé cet insecte sur le dos, il parvient vite à se remettre sur ses jambes; pour cela, il retourne sa tête

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DES HÉMÉROBES. 7x

Jusqu'à ce qu’elle soit-entre le dos et le plan. sur lequel le dos est posé. L'insecte est ainsi en état de faire une culbute qui re- met dans sa situation naturelle. Cette larve se fait une coque sphérique semblable à celle dont nous allons parler, et elle la file de la même manière.

Comme ceslarves vivent dans une grande abondance, elles parviennent promptement au terme elles doivent se métæmor- phoser. C’est ordinairement quinze jours après être sorties de l’œuf, qu’elles chan- gent de forme; alors elles abandonnent la

feuille sur laquelle elles ont vécu, et cher-

chent un endroit commode. Assez commu- nément, c’est dans les plis d’une feuille desséchée que la larve se retire pour filer une coque ronde comme une boule, d’une

soie très blanche , dans laquelle elle se ren-

ferme. Les tours du fil qui compose cette coque sont très serrés les uns contre les au- tres; ce fil étant très fort, le tissu de la coque est très solide : les plus grandes co- ques de ces insectes ont à peine la grosseur d’un pois. Ces larves ont , comme les arai-

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72 HISTOIRE NATURELLE “nées, leur filière placée à l'extrémité de leur partie postérieure. La figure sphérique - qu’elles donnent à leur coque ; dépend de celle qu’elles font prendre à leur corps, qui lui sert, pour ainsi dire , de moule, On a peine à concevoir comment le corps de l'insecte étant recourbé à ce point, et ré- duit à occuper si peu de place, son der- rière peut fournir des fils et les arranger avec tant d'ordre; maïs cette larve a un corps très flexible , et le bout de son der- rière a une agilité merveilleuse. Si on ob- serve une de ces larves dans le temps elle ne fait que tracer le contour de sa coque, tous les mouvemens de l'extrémité de son corps sont d’une vitesse surpre- nante. Ce qui étonne encore, c’est l’adresse avec laquelle lecorpsentier change de placé, ». “englissant sur l'enveloppe sphérique qui n’est “d ‘qw'ébauchée , sans déranger le peu de fils . qui la composent alors, et qui semblent à peine capables de se soutenir eux-mêmes. Peu après que la coque est finie , la larve se change en nymphe, Si c’est en été. qu’elle subit cette métamorphose, l’insecte parfait

DES HÉMÉROBES. 73 en sôrt environ quinze jours après; mais la nymphe de celles qui n’ont filé qu’en au- tomne, passe l'hiver dans sa coque, et l'hémérobe ne sort que le printemps sui- vant. Quoique la larve ne soit pas grande, on est déjà étonné qu’elle ait pu se loger dans une coque aussi petite; mais on est bien plus étonné, lorsqu'on voit paraître l'insecte ailé qui en sort.

Ce genre renferme à peu près trente es- pèces : nous en décrirons quelques unes de celles qui offrent le plus d’intérét. R

L’Hémérobe aquatique, Æ/emerobius lutarius.

G. Semblide. Lawr.

Cet insecte a six à huit lignes de long ; il a quelque ressemblance avec les friganes! à par la manière dont il porte ses ailes; il est d’un noir mat; ses antennes sont noires, ses ailes transparentes, avecune teinte brune et les nervures noires.

Il habite l'Europe.

On le trouve à la fin du printemps au

VII. 7

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74 HISTOIRE NATURELLE

bord des eaux, la femelle pond une prodigieuse quantité d'œufs qu’elle arrange les uns auprès des autres sur la tige ou la feuille d'une plante aquatique. Degéer a yu des feuilles de gramen en être entière- ment couvertes : sur une surface de cinq lignes de longueur et une demie de lar- geur, il a compté cinq cent soixante de ces œufs.

Ils sont d’une figure ovale et allongée, placés sur la feuille perpendiculairement les uns auprès des äutres, de façon qu'ils se touchent ; ils sont comme collés ensemble, mais si légèrement, qu’on les sépare au moindre attouchement : ils sont placés ré- gulièrement en lignes droites, de sorte que ceux de la seconde ligne se trouvent rangés dans les intervalles que laissent ceux de la première; ainsi il ne se trouve aucun vide entre eux. Tous ces œufs sont de même longueur ; leur bout supérieur est garni d’une petite partie allongée, ovale, qui finit en pointe mousse , ordinairement placée en ligne droite, mais quelquefois un ‘peu inclinée : ces petites espèces de queues,

DES HÉMÉROBES. 7b

qui sont un peu blanchâtres, forment le plan supérieur de toute la couche, et don- nent aux œufs une figure peu ordinaire ; _ils sont de couleur brune. Les larves qui sortent de ces œufs sont extrêmement pe- tites ; elles ont assez de ressemblance avec les larves de certaines petites éphémères ; leur corps est long , mince, composé de douze anneaux, séparés les uns des autres par de profondes incisions. Les trois pre- miers anneaux, auxquels sont attachées les trois paires de pates , sont plus grands que les autres ; les sept anneaux suivans sont garnis de chaque côté d’une partie allongée, cylindrique, en forme de filet, qui à au bout deux longs poils, et à côté de sa base un autre poil encore plus long. Ces qua- torze filets, qui sont inclinés vers le der- rière , sont mobiles; ils flottent dans l’eau, et suivent les mouvemens que la larve faiten nageant eten marchant ; ils sont placés sur des tubercules inégaux; la transparence de ces filets permet d’y voir intérieurement des vaisseaux bruns et tortueux qui les parcou- rent dans toute leur longueur. Il y a apparence

76 HISTOIRE NATURELLE

que ces parties sont les ouïes ou les organes de la respiration , semblables à ceux qu’on voit sur les larves des éphémères. Les deux derniers anneaux du corps n’ont point de ces ouies; ils sont garnis de chaque côté d’une double tubérosité sur laquelle on voit des aigrettes de longs poils. Le corps est terminé par une longue queue cylindrique, garnie de six poils assez longs placés en ai- grette.

La couleur de ces petites larves est trans- parente, nuancée de brun; elles ont sur le corps quelques taches rougeâtres; les poils sont bruns. Elles sont fort vives dans l’eau, elles nagent et marchent continuellement, en faisant des ondulations avec leur corps, et leurs pates sont en même temps en mou- vement. Lorsqu’elles sont parvenues à leur grandeur, et qu’elles sont prêtes à changer de forme, elles sortent de l’eau et s’enfon- cent dans la terre humide qui la borde; elles y creusent un trou assez large dans lequel elles se changent en nymphes, d’où sort l’in- secte ailé quinze jours après la métamor-

phose.

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us a * DES HÉMÉROBES. 77

Degéer a coupé la tête À une de ceslarves, qui a encore vécuplus de vingt-quatre heures après avoir été décapilée.

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L'Hémérobe Perle, Hemerobius Perla. , Il a environ sept lignes de long; ses an- tennes sont longues, jaunes ; son corps est jaunâtre ; ses ailes sont de moitié plus lon- gues que son corps; elles sont blanchâtres, transparentes; les nervures sont vertes ; dans Vinsecte vivant les yeux sont très brillans. Il habite l’Europé :.on le trouve dans les bois et les endroits humides; il est commun aux environs de Paris. ! Il a le vol lourd; ‘on peut le prendre fa- cilement. Si cet insérte, qui est très joli, plaît par la beauté de ses couleurs, il dé- goûte par l'odeur fétide qu'il répand; il laisse aux doigts qui l'ont touché une odeur d’excrémens qui se fait long-temps sentir. Les œufs que dépose la femelle sont blancs; chacun est placé sur un long pédiceule, collé sur une feuille ou une tige; ils sont rangés les uns auprès des autres, au nombre de

CE

one dre te tt tt tt Ms slt. Dédlit idié 78 HISTOIRE NATURELLE dix ou douze. Les larves qui en sortent se nourrissent de pucerons, On peut voir dans les généralités de ce genre, la manière de vivre de ces larves. Elles filent une coque ronde de soie blanche dans laquelle elles s’enferment pour se changer en nymphes, d'où l’insecte parfait sort environ quinze jours après.

L’Hémérobe chrysops, Æemerobius chrysops.

Il est de la même taille et ressemble à l’hémérobe perle. Ii est d’un vert pâle; sa tête et son corselet ont quelques taches noires ; l'abdomen a, tant en dessus qu’en dessous, une large bande noire, interrompue, à chaque anneau, par une ligne transver- sale verte ; ses ailes sont transparentes , les nervures des bords sont vertes : dans l’in- secte vivant, les yeux sont d’un vert doré très brillant.

On le trouve dans presque toute l’Eu- rope.

Il répand, de même que l’hémérobe perle, une odeur d’excrémens insupportable.

DES HÉMÉROBES, 79

Sa larve vit de même que celle de l’in- secte auquel nous le comparons, et se file une coque semblable.

L’Hémérobe phalénoïde, Hemerobius

phalænoides.

Cet hémérobe a six à sept lignes de lon- gueur; il a quelque ressemblance avec cer- taines phalènes; il diffère des autres espèces de ce genre par la couleur, la forme des ailes, et la manière dont il les porte. Il est entièrement de couleur rousse ; ses antennes sont courtes, composées d’un très grand nombre d'articles égaux, distincts ; ses ailes ne sont point transparentes; les nervures sont d’un brun foncé : vues À la loupe, on y aperçoit un grand nombre de petites cannelures; elles ont vers le milieu quelques lignes transversales brunes; elles sont très larges à la base, elles forment À l’insecte des espèces d’épaules ; l'angle extérieur est recourbé en faucille, l'extrémité est un peu dentée ; l’insecte les porte appliquées le long de son corps, au-dessus duquel les bords

. 80 IISTOIRE NATURELLE ; intérieurs forment un toit aigu. Les nervures principales des ailes supérieures forment, près du corselet, une espèce de tubercule

élevé. Il habite l’Europe : on le trouvesdans les bois et les lieux ombragés. F

Sa larve se nourrit de pucerons; elle n’a pas, comme la plupart de celles de ce genre, des aigrettes de chaque côté du corps ; elle file, avec son derrière, une coque rande, de soie blanche, d’un tissu moins serré que celle des espèces précédentes, dans laquelle elle se change en nymphe: l’insecte parfait en sort vers la fin de l’été.

DES MYRMÉLÉONS.. 8x

XVIII GENRE.

. MYRMÉLÉON.

#

Caractères génériques. Antennes courtes, renflées vers l’extrémité; articles très courts. Six anten- nules inégales, filiformes; les postérieures très

longues, Abdomen terminé par deux crochets dans les mäles.

Le genre myrméléon diffère des hémé- robes par la forme de ses antennes, qui sont courtes, composées d’articles égaux, renflés à l'extrémité, elles forment une espèce de masse aplatie.

Sa tête est assez large; ses yeux sont saillans.

Son corps est cylindrique ; celui des mäles est terminé par deux crochets.

Il a les ailes longues, transparentes , réti- culées ; dans l’état de repos, le bord exté- rieur est penché, le bord intérieur est élevé en toit au-dessus du corps.

Ses pates sont de longueur moyenne.

Les myrméléons offrent beaucoup plus d'intérêt sous l’état de larve que sous celui

sd sims à bts, 5 tata cmt in Li PR

82 HISTOIRE NATURELLE

d’insecte parfait. La larve de celui qu'on trouve le plus communément en Europe est très connue des naturalistes modernes, et n’a pas été observée par les anciens natu

ralistes; il paraît même qu'ils ne l’ont pas connue. On lui a donné le nom de formica- leo, en français fourmi-lion, par la même raison qui a fait donner aux larves des hé- mérobes le nom de lion des pucerons. Cette larve a six pates ; son extérieur n’a rien qui puisse attirer.l’attention de ceux qui n’en donnent qu'aux objets dont ils peuvent être frappés par le premier coup d'œil; mais en considérant la forme de cette larve, elle offre des particularités remarquables : elle est sensiblement divisée en trois parties dans sa longueur ; le corps, le corselet et la tête. Le corps, dont le volume surpasse con- sidérablement celui des deux autres parties . est une espèce d’ellipsoide, plus pointu à l'extrémité postérieure qu’à l’antérieure; un peu aplati en dessous, convexe en dessus;.il a, d'une extrémité à l’autre, des rugosités transversales, des espèces de cordons sé- parés par de petits sillons : ce sont autant

ad ds ur dée di UE à lib 2

DES MYRMÉLÉONS. 83

d’anneaux membraneux au nombre de onze. Sa couleur est d’un blanc jaunâtre, avec quelques taches d’un brun presque noir, qui forment trois raies, l’une sur le milieu du corps, et une de chaque côté : aidé d’une loupe faible, on aperçoit des poils noirs, courts, et semés sur le corps, et d’autres de même couleur, plus longs, qui forment des houppes en différens endroits ; au-dessous de chaque houppe du premier rang, ex- cepté celles des deux premiers anneaux, Réaumur a cru reconnaître les organes de la respiration.

Le corselet est courtet a peu de diamètre, la première paire de pates y est attachée, les deux autres paires le sont au second et au troisième anneau. Cette larve a dans de cer- tains temps, un cou remarquable par sa longueur, dans d’autres on ne le voit point; ce cou, qui exécute des mouvemens de tous les côtés, fait faire à la tête certaines actions particulières, dont il sera parlé par la suite; il est inséré près de l'extrémité de la tête, mais en dessus, au lieu que dans les autres insectes il est en dessous.

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84 HISTOIRE NATURELLE

La tête est aussi autrement faite que celle de la plupart des insectes ; elle est plate, plus étroite à sa partie postérieure qu’à sa partie antérieure, De chaque côté, il en sort une corne qui remplace la bouche, dont cette larve est privée; la longueur de cha- cune de ces cornes est d’une ligne et demie lorsque la larve est parvenue au terme de son accroissement; ce sont deux trompes destinées à pomper le sue dont est rempli le corps de différens insectes, et à le faire passer dans celui de la larve. Ces cornes sont écailleuses, mobiles, dentées intérieu- rement dans presque toute leur longueur, recourbées près de leur extrémité, qui se termine en pointe aiguë : nous allons voir l'usage qu'elle en fait. Cette larve ne peut se nourrir que du gibier qu’elle attrape ; elle ne joindrait pas les insectes qui mar- chent le plus lentement, ce n’est pas que sa marche soit d’une lenteur excessive, c’est qu'elle ne pourrait la diriger vers ceux qu'elle voudrait atteindre, parce qu’elle ne sait aller qu’à reculons ; cependant elle par- vient à se saisir des insectes les plus agiles ,

. DES MYRMÉLÉONS. 85

au moyen de la ruse qu’elle emploie; elle sait disposer le lieu elle se fixe, de ma- nière que le gibier vient tomber entre ses cornes qui l’attendent, Elle se loge et se tient tranquille au fond d’un trou fait en enton- noir; elle y est cachée au-dessous du sable, au-dessus duquel s'élèvent seulement ses deux cornes, écartées l’une de l’autre : alors malheur À tout insecte imprudent, à la fourmi qui en cheminant ose en approcher; si elle est assez éloignée pour qu'elle ne puisse la saisir avec ses cornes , dont elle se sert comme de pinces, elle fait pleuvoir sur elle une si grande quantité de sable, avec sa tête, dont elle se sert comme d’une pelle, que la malheureuse fourmi en est étourdie , elle achève de. perdre l'équilibre, qu’elle avait peine à conserver en marchant sur un terrain mobile et incliné, et malgré les ef- forts qu’elle fait pour se sauver, elle vient tomber au fond du trou, les cornes de la larve, qui étaient ouvertes pour la recé- voir, lui saisissent le corps, et le percent en se fermant.

La larve, maîtresse de sa proie, la tire

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86 HISTOIRE NATURELLE

un peu sous le sable, l'y cache en partie, et la suce À son aise : une fourmi est souvent sucée en un demi-quart d'heure; le repas est plus long lorsque la proie est plus forte ; elle ne vient à buut d’une grosse mouche bleue de la viande qu’en deux 6u trois heures. Après avoir tiré de l’insecte tout ce qu'il a de succulent, elle le tient faiblement entre ses cornes, prêtes à s'ouvrir et à l’a- bandonner, et elle donne un coup de tête, au moyen duquel elle jette au-delà des bords de son trou le cadavre desséché qui lui devient inutile.

Ce n’est que dans des terrains composés de grains fins, que ces larves dressent leurs piéges; c'est ordinairement au pied des vieux murs, et dans les endroits les plus dé- gradés qu’elles s’établissent de préférence, ét surtout dans ceux qui sont exposés au midi.

Chaque larve ne passe pas sa vie dans le méme trou, mais elle y demeure plusieurs jours de suite; plus elle y a séjourné, plus le diamètre de l'entrée est grand. Les parois s'éboulent, soit par les mouvemerns que la

DES MYRMÉLÉONS. 87

larve fait da son trou, que quelque insecte en märchant les dérange ; elle ne donne pas le temps aux grains de sable de s'accumuler au fond qu'ils éleveraient trop, elle charge sa tête de céux qui y sont tom- bés , et les jette bien au-delà du bord, Lors- que la pente de son trou devient trop. douce, le piége n’est plus aussi dangereux pour les insectes, qui s’en sauvent plus faci- lement, alors la larve se détermine à l’aban- donner pour en faire un nouveau. C’est un parti qu’elle prend encore quand «lle a passé plusieurs jours dans son entonnoïr sans y faire de capture ; elle se met en marche, parcourt le terrain des environs pour examiner et choisir un lieu favo- rable.

Le chemin qu’elle fait est marqué par une trace reconnaissable ; c’est une espèce de petit fossé d’une ligne ou deux de profon- deur; la larve marche à reculons, presque tout son corps est caché sous le sable; on n’aperçoit souvent que sa tête et son cor- selet. Quand la course lui paraît assez lon- gue, elle s'enfonce entièrement sous le sable,

88 HISTOIRE NATURBLLE

pour y prendre un peu de repos, et tra- vaille ensuite à se faire un entonnoir.

Pour donner à cet entonnoir de justes proportions, elle commence par en tracer l'enceinte; elle fait un fossé semblable à celui qu’elle creuse enmarchant ; ce fossé entoure un espace circulaire plus ou moins grand ;, selon que la larve veut donner plus: ou moins de diamètre à l’entrée de son enton- noir. Cellesiqui sont près d’avoir tout leur * accroissement habitent quelquefois dans des trous dont le diamètre’ de l’entrée a plus de trois pouces. La profondeur des enton- noirs nouvellement faits a environ les'trois quarts du diamètre de la grande ouverture. Réaumur a trouvé neuf lignes de profon- deur à ceux qui en avaient douze à leur entrée, et un pouce à ceux qui avaient seize lignes. Quand la larve se détermine à travailler la construction de son enton- noir, elle se met à marcher cireulairement; dès qu’elle a fait un pas, elle s'arrête pour charger sa tête de sable ; aussitôt qu’elle est chargée, elle l'élève brusquement, et jette celui qui la couvrait au-delà de la circon-

DES MYRMÉLÉONS. 89

férence de l’enceinte; elle fait usage d’une de ses pates antérieures, dont elle se sert comme d’une main, pour pousser le sable sur sa tête; les mouvemens de cette pate sont extrémement prompis, et se succè— dent sans intervalle; aussi la tête a-t-elle bientôt sa charge : après l'avoir chargée deux ou trois fois de suite dans le même lieu, et ayoir lancé une pluie de sable, la larve fait ensuite un nouveau pas en arrière, et ré- pète la même manœuvre jusqu'à ce qu’elle se retrouve presque au même lieu d’où elle était partie; elle a parcouru un cercle, et elle continue de marcher pour en parcourir un second plus proche du centre.

Quand la pate qui fait l'office de main est fatiguée, La larve se sert de l’autre; mais il paraît .qu'il faut qu'elle se trouve placée comme l'était la première, vers l'intérieur du trou, alors la larve se re- tourne, et décrit ensuite des cercles dans un sens coniraire à celui qu'elle décrivait auparavant. Quelquefois la larve achève son entonnoir en moins d’une demi-heure ; quel® quefois aussi elle est plus de deux heures à

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le faire, parce qu’elle se repose. Bonnet, qui en a vu travailler un grand nombre, en a surpris plusieurs dans une circonstance embarrassante ; il a vu toute la manœuvre à laquelle elles ont alors recours. Comme il se trouve souvent parmi les grains du sable ordinaire, de gros grains de gravier, de petites pierres, que la larve ne veut pas garder dans son trou , et que cette masse est trop lourde pour qu’elle puisse la jeter, elle se détermine à la porter : alors elle sort du sable; en avançant ensuite un peu à recu- lons, elle fait passer l'extrémité de son corps sous la pierre ; au moyen de divers mouve- mens, elle la conduit sur le milieu de son dos, et l’y met en équilibre ; maïs le difficile est de la conserver dans cet équilibre, pen- dant le transport, en montant à reculons le long d’une pente déjà escarpée ; de moment en moment la charge est prête à tomber; ce n’est qu’en élevant ou abaïssant certaines portions de ses anneaux que la larve par- vient à la retenir. Enfin, malgré tous ses éfforts, la pierre lui échappe quelquefois; elle roule dans le fond du précipice, et elle

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DES MYRMÉLÉONS. gt

a le courage d’aller l’y rechercher cinq à six fois; cette larve semblait À Bonnet être condamnée au supplice du criminel Sisyphe. Quand elle a fini son trou, elle s’y cache et attend sa proie, souvent très long-temps ; mais elle est capable d’y soutenir un très long jeùne; elle peut rester plusieurs mois privée d’alimens sans mourir ; elle n’est ce- pendant pas difficile, tous les insectes lui conviennent, même ceux de son espèce.

La larve du myrméléon a douze yeux, six de chaque côté, placés sur une tubéro- sité qui se trouve au-dessus de la tête, près de la partie extérieure de la base chaque corne; lorsque ces cornes sont hors du sable, elle voit venir sa proie, et se tient prête à la saisir quand le moment lui paraîtra fa- vorable. Tous les alimens qui entrent dans l’intérieur de la larve, sont employés utile- ment pour la faire croître, ou S'il reste quel- que résidu, il ne s'échappe du corps que par l’insensible transpiration, le reste de- meure dans l'estomac et dans les intestins ; elle ne rejette aucun grain sensible d’excré- mens ; aussi n’a-t-elle ni au derrière, ni ail-

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leurs, aucune ouverture analogue à l'anus; elle a cependant, à l'extrémité du corps, une.petite masse charnue, du milieu de la- quelle on fait sortir par la pression un tuyau composé de deux corps, dont l’un rentre dans l’autre; il est percé à son ex- trémité, et donne passage à une liqueur qui sert à la larve à faire sa coque. Ces tuyaux sont la filière se moule la liqueur qui doit devenir soie ; ils servent en même temps à son arrangement dans la construction de la coque : cette partie est semblable à la filière du lion des pucerons.

La larve du myrméléon sort de l’œuf en été ou en automne ; elle ne se change point en nymphe dans la même année. Réau- mur croit que toutes vivent deux ans avant de se métamorphoser. On en trouve de très grosses et de très petites à la fin de l'hiver. Les premières se changent en nymphes au commencement de l'été, les autres ne se changent que l’année suivante. Lorsqu'une de ces larves veut se métamorphoser, elle reste dans son entonnoir , ou cherche un endroit commode ; elle s’enfonce et se cache

' DES MYRMÉLÉONS. 93 dans le sable pour faire sa coque. ch coque est ronde; l'extérieur est composé de grains qui tiennent ensemble par des fils de soie très fins; l’intérieur est tapissé d’une soie d’un blanc satiné ; la larve y subit sa métamorphose ; la nymphe y est courbée en arc. Parmi ces coques , on en trouve qui ont quatre lignes de diamètre, d’autres en ont cinq; celles-ei renferment les femelles. La larve reste environ vingt jours sous la forme de nymphe, d’où sort l’insecte parfait. L D’après la conformation de la bouche des myrméléons, Réaumur les croit aussi voraces que leur larve; il paraît cependant qu'ils aiment les fruits; il en a vu un manger plu- sieurs fois d’une prune qu’on lui offrait, Cet observateur a remarqué qu'après avoir pressé l’extrémité du corps de ces insectes, tant mâles que femelles, des mâles surtout, il restait à ses doigts une odeur de rose ; il a trouvé cette même odeur, mais plus faible, dans les poudriers il les avait enfermés. Bonnet a trouvé aux environs de Ge- hève trois larves d’une espèce de myrmé-

HISTOIRE NATURELLE 7.

léon qui diffère de celle qu’on voit aux en-

wirons de Paris; cette larve ne marche point à reculons, maisen avant; elle nese fait point d’entonnoir, elle se contente de se cacher, et de saisir les insectes qui passent près d’elle : elle y était rare à l’époque il en a parlé.

On connaît dix ou douze espèces de ce genre ; deux habitent les environs de Paris : nous décrirons celles qu'on trouve le plus communément, et une autre qui habite la France,

Le Myrméléon des fourmis, Myrme-

leon formicarius.

Cet insecte est de couleur grise ; sa tête est large; elle a plusieurs lignes longitudi- nales et transversales jaunes; ses yeux sont gros et saillans ; ses antennes courtes, ren- flées à leur extrémité ; son corselet a, sur le milieu, une ligne longitudinale jaune ; son abdomen est composé"de huit anneaux ; les ailes sont d’un tiers plus longues que l’ab- domen ; elles sont transparentes, avec plu-

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4.Sn Coque. $, Peau de la Nymphe. :-6.Tète de la Larve.

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n DES MYRMÉLÉONS. 95 sieurs taches brunes ; les pates ont quelques ** taches jaunes.

Il habite l’Europe.

Sa larve est très commune aux environs de Paris ; on la trouve plus fréquemment que l'insecte parfait; elle se nourrit d’in- sectes, principalement de fourmis; elle reste cachée dans le sable à attendre sa proie; parvenue à sa grosseur, elle fait une co- que ronde, composée de grains de sable qu’elle lie avec des brins de soie qu’elle tire de l’extrémité de son corps; elle se change en nymphe dans cette coque : l’insecte par- fait sort environ vingt jours après sa mé- tamorphose.

Nous renvoyons aux généralités pour avoir de plus grands détails sur la manière de vivre de cette larve.

Le Myrméléon libelluloide, Myrme- leon libelluloides.

Cette belle espèce est la plus grande de ce genre ; ses ailes étendues ont plus de quatre pouces d'envergure; elles sont trans-

96 HISTOIRE NATURELLE

+4 parentes, jaunâtres , avec de grandes et de petites taches brunes; les inférieures sont plus longues que les supérieures; la tête est jaune, avec quelques poils noirs ; les an- tennes courtes, renflées à l’extrémité ; le corselet en dessus et en dessous est couvert de poils d’un brun jaunâtre ; l'abdomen est brun, avec des taches jaunes en dessus; les ailes sont très courtes, brunes, cou- vertes de poils d’un brun noir.

Cette belle espèce se trouve dans le midi de la France; elle est très commune : on la rencontre aussi en Italie, en Grèce, en

“Espagne , etc. Sa larve nous est inconnue.

. DES ASCALAPHES. 97 |

XIX*® GENRE.

ASCALAPHE.

Caractères génériques. Antennes longues, filiformes, terminées en masse; articles courts, un peu gre- nus, les trois derniers renflés, Six antennules inégales, filiformes. Abdomen terminé par deux crochets dans les mâles,

Lxs ascalaphes ont des rapports avec les myrméléons ; mais ils en diffèrent par les antennes ; celles des myrméléons sont cour- tes, celles des ascalaphes sont à peu près de la longueur du corps, d'égale grosseuf, depuis la base jusqu'au sommet, elles se terminent en masse.

Ils ont la tête arrondie, portée sur une espèce de cou mince et court.

L'abdomen est long , cylindrique, com- posé de plusieurs anneaux, terminé par deux crochets dans les mâles.

Leurs ailes sont transparentes, veinées et réticulées, beaucoup plus longues du côté extérieur que du côté intérieur; dans l'état de repos, l’insecte les porte penchées, le

vi. 9

r 98 HISTOIRE NATURELLE bord intérieur élevé en toit au-dessus du corps.

Les pates sont de longueur moyenne ; les tarses sont terminés par deux crochets très pointus.

La tête, le corselet et l'abdomen, sont couverts de poils fins assez serrés; ce qui fait qu’au premier coup d’œil on peut pren- dre ces insectes pour des papillons, dont ils diffèrent par les ailes et les parties de la bouche.

Les ascalaphes volent plus légèrement que les hémérobes et les myrméléons. Ils Habitent les endroits secs et sablonnèux; ce qui fait croire que leurs larves, qui nesont pas connues , vivent de même que celles des myrméléons:

Ce genre ne contient que peu d'espèces; quatre habitent les départemens méridio- naux de la France.

L’Ascalaphe barbare, Æscalaphus

barbarus.

Cette espèce est fort belle; son corps est noir, velu; ses ailes sontétroites, allongées

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DES ASCALAPHES, 99

extérieurement , lavées de jaune; brillantes, transparentes ; les supérieures ont à la base deux grandes taches allongées d’un beau jaune, à côté desquelles est une grande ta- che brune; les inférieures sont jaunes, avec une tache brune à la base ; l'extrémité est un peu obscure.

On le trouve sur les côtes de Barbarie, en Italie, et dans les départemens méridio- naux de la France.

XX° GENRE.

PANORPE.

Caractères génériques. Antennes longues, filiformes; articles très courts et très nombreux. Quatre antennules inégales, filiformes; les antérieures composées de quatre articles, les postérieures de deux. Abdomen terminé, dans les mâles, par une queue articulée, armée de pinces. Prois petits yeux lisses,

Les panorpes ont des caractères qui les font distinguer facilement des autres in- sectes de cet ordre ; l’un de ces caractères est une trompe assez longue , cylindrique ,

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100 HISTOIRE NATURELLE

un peu plus grosse à son origine qu'à son extrémité ; dure, écalleuse, immobile, un peu courbée en arrière : dans sa position naturelle, elle est perpendiculaire au plan de position. Mais ce que cet insecte a de plus remarquable, c’est l'abdomen du mâle, qui est terminé par une queue articulée, armée de pinces : cette queue ressemble à celle d’un scorpion, ce qui lui a fait don- ner par plusieurs naturalistes le nom de mouche-scorpion.

Les antennes sont filiformes , presque de la longueur du corps, insérées à l’origine de la trompe.

La tête est arrondie, un peu aplatie an- térieurement et postérieurement : elle est attachée À une espèce de cou couvert d’une peau membraneuse.

Les ailes sont allongées, arrondies à l’ex- trémité ; quelques espèces ont les inférieures linéaires, du double plus longues que les supérieures: telle est la panorpe de Cos et la panorpe d'Orient ; elles sont transpa- rentes.

Les pates sont longues et minces.

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La femelle de la panorpe d'hiver est aptère.

Les larves de ces insectes ne sont point connues.

Ce genre renferme dix ou douze espèces ; une seule habite les environs de Paris : nous en décrirons quelques unes.

La Panorpe commune, Panorpa communs.

Les antennes de cet insecte singulier sont noires , à peu près de la longueur du corps, insérées à la partie antérieure de la tête à la base de la trompe ; sa tête est noire, terminée en devant par une trompe longue, à l'extrémité de laquelle sont quatre anten- nules inégales ; l'abdomen est d’un brun noirâtre, avec des taches jaunes : il est ter- miné, dans le mâle, par une queue arti- culée, composée de trois anneaux, dont le dernier est beaucoup plus gros que les au- tres ; il est armé de deux crochets en forme de pinces : la femelle n’a point cette queue; elle a à l'extrémité de l'abdomen deux

102 HISTOIRE NATURELLE

tuyaux cylindriques : les ailes sont transpa- rentes , réticulées ; elles ont plusieurs ban- des transversales, brunes, formées par des taches.

Cette espèce habite l’Europe ; elle est très commune aux environs de Paris : on a trouve au bord des eux et dans les prairies; ce qui a fait croire à M. Geoffroy que sa larve est aquatique. Quand on prend cet insecte , il paraît vouloir se défendre avec ses pinces ; mais il ne fait aucun mal.

La Panorpe de Cos, Panorpa Coa. G: Némoptère. Larr.

Cette espèce a les ailes étendues, de dix- huit à vingt lignes d'envergure ; ses an- tennes sont noirés, filiformes , plus courtes - que le corps ; la tête, le corselet et l’ab- domen sont mélangés de jaune et de noir; les ailes sont grandes, larges, presque ova- les, d’un jaune pâle, avec un grand nom- bre de points et quelques taches d’un noir peu foncé; les inférieures sont linéaires , obscures, depuis la base jusqu'au-delà du

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Insectes. PL.66

1.2. Tridactyle paradoxe. Némoptere sinuce.

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DES PANORPES. s 103 milieu ; elles s’élargissent peu, et ont trois taches blanches et deux noires, alternes , la première et la dernière étant blanches; les pates sont pâles, avec des poils roides, piquans, noirs, et les tarses obscurs.

On trouve cette espèce dans les îles de l’Archipel grec. M. Olivier l’a rencontrée abondamment en juin , dans l’île de Négre- pont et aux environs d'Athènes.

La Panorpe tipulaire, Panorpa tipu- laria.

G. Bittaque. Lan. e

Cette espèce a le corps long de près de six lignes ; ses ailes étendues peuvent avoir environ dix-huit à vingt lignes d'envergure; elle est d’un brun obscur roussâtre ; ses ailes sont tachées, avec le bord externe cilié ; les pates sont très longues, ce qui donne à cet insecte l’aspect d’une tipule; l'abdomen du mâle n’est pas terminé par une queue recourbée ct articulée.

On trouve cette espèce dans le midi de la France et en Espagne.

104 HISTOIRE Te

La Panorpe hyémale, Panorpa

hyemalis. G. Borée. LaATR.

Cet insecte a une ligne et demie de longueur ; ses antennes sont filiformes , de la longueur du corps ou même un peu plus longues, noirâtres , avec la base d’un fauve obscur; la tête est d’un noir bronzé, lui-s sant; le bec est plus long que la tête, assez gros, jaune, avec l'extrémité un peu ob- secure ; le corselet est court, assez large, d’un noir bronzé; le corps est gros, d’un noir bronzé; les pates sont longues, d’un jaune pâle; les tarses sont tous composés de cinq articles; les ailes, au nombre de quatre, sont rapprochées les unes des autres, subu- lées, un peu arquées; le mâle est sans ‘queue; la femelle a l'abdomen terminé par un appendice semblable à celui de la plu- part des sauterelles.

On trouve cette espèce, pendant l'hiver, sur les montagnes de la Saxe , de l'Allemagne et des Alpes, parmi les mousses.

DES FRIGANES. 105

XXI GENRE.

FRIGANE.

Caractères génériques. Antennes longues et sûta- cées; articles très nombreux, très courts, le pre- mier un peu plus gros.— Quatre antennules iné- gales, filiformes; les antérieures plus longues, composées de cinq aïticles; les postérieures couf- tes, composées de quatre. Abdomen simple. Trois petits yeux lisses,

Les friganes ont la tête petite; les an- tennes sont insérées à sa partie antérieure; elles ont le corselet court, les ailes gran- des, colorées , élevées en toit au-dessus du corps; les inférieures plissées.

Les pates longues et minces.

Les larves des friganes ressemblent à celles des perles : elles vivent dans l’eau ; c’est dans les marais, dans les étangs, les ruisseaux, qu'on les trouve; elles habitent des fourreaux portatifs qu’elles font de dif- férentes matières étrangères qu’elles traînent dans l’eau partout elles marchent.

Ces larves ont été connues des anciens

Hi AR DRE, LA, Mic tél: “di fine Lo de, - a.

106 HISTOIRE NATURELLK

sous le nom de Zgni-perdæ, quoiqu’elles ne gâtent point le bois, comme Réaumur la remarqué. Bellon les à nommées char- rées,

Le corps de ces larves est logé dans un tuyau de soie dont l’intérieur est lisse et poli. Sur l’extérieur de ce tuyau sont atta- chés des fragmens de diverses matières pro- pres à le fortifier et à le défendre. Les de- hors du fourreau sont souvent hérissés, pleins d’inégalités; d’autres se font des ha- bits dont les pièces qui les composent sont arrangées avec symétrie les unes auprès des autres. Quand l’habit devient trop court ou trop étroit, elles s'en font un de grandeur convenable. Quelquefois le neuf diffère plus de celui qu'elles ont laissé, que nos habits d'aujourd'hui ne diffèrent de ceux de nos aïeux, parce qu’elles se servent de diffé- rêns matériaux : elles emploient des feuilles entières .ou presque entières de différentes espèces de plantes, de petits bâtons de figure cylindrique ou irrégulière, des tiges de plantes, de roseaux, des brins de paille, de gramen, de jonc ; des graines, des grains

sr. sie nn - hi - ss ie, MAÉ di 0) OS

DES FRIGANES. 107 de terre, des coquilles de limaçons aqua- tiques; enfin, de presque toutes les matières qu’elles trouvent dans l’eau. Tels fourreaux ne sont faits que de quelques unes des ma- tiéres précédentes , et ce sont les mieux fa- çonnés ; d’autres sont composés de toutes ces différentes matières si peu propres à être assorties ; aussi paraissent-ils des ha- bits de guenilles et de haillons.

L'intérieur de chaque fourreau a assez exactement la figure d’un cylindre creux : il a une ouverture à chaque bout; celle qu'on peut appeler l’antérieure, et par laquelle linsecte fait sortir sa tête et ses six jambes, est plus grande que la posté- rieure : cette dernière est placée au milieu d’une plaque circulaire appliquée au bout du tuyau pour le boucher en partie.

Les fourreaux recouverts de portions de feuilles sont plats; ils sont peu épais par rapport à leur largeur; mais on er voit rarement de faits sur ce modèle : commu- nément ils sont cylindriques. Il y en a dont tout l'extérieur est composé de brins de jones collés les uns contre les autres, et disposés

108 HISTOIRE NATURELLE

selon la longueur du fourreau. Quelquefois ces brins sont si bien arrangés, qu'on ne voit point leur assemblage : on croit voir un cylindre cannelé danssa longueur ; mais il est rare d’en trouver qui n’ait pas quel- que pièce, quelque lambeau qui dépare le reste : ce lambeau est cependant néces- saire à la perfection de l’habit. D’autres larves font leurs fourreaux avec un assez grand nombre de morceaux de roseaux plus petits que ceux des fourreaux dont nous venons de parler, et au lieu de les: placer en longueur, ils sont arrangés de manière qu'ils posent, par un bout, sur le tuyau soie, et se trouvent croisés en différens en- - droits par d’autres petits brins qui sont également appuyés sur le tuyau. A mesure que la larve allonge son habit, elle fait un assemblage de pareils brins croisés qui ser- vent à soutenir la portion de soie qui sera filée par la suite. Tous les habits construits de la sorte sont extrémement hérissés; maïs ils ne laissent pas d’avoir une serte de ré- gularité. Quelques fourreaux sont construits en

DES FRIGANES. -109 partie de’ pièces posées longitudinalement ou transversalement ; quelques unes de leurs portions sont faites de matériaux mal assor- üs, qui en gâtent la symétrie ; quelquefois c’est un morceau de pierre, un caillou ou une coquille : souvent on en voit qui sont entièrement couverts de petites coquilles de limaçons aquatiques, ou de coquilles de moules qui renferment les animaux vivans.

Les larves qui recouvrent leurs. four- reaux de sable ou de petits fragmens de coquilles, y attachent de chaque côté une petite branche qui l’excède par les deux bouts, de sorte qu’il se trouve placé entre deux. espèces de bâtons plus grands qu'il n’est lui-même.

Ces fourreaux, construits de matériaux si pesans, deviendraient un fardeau pour l'insecte, s’il était obligé de:marcher tou- jours sur terre ; mais , comme il doit mar- cher, tantôt au fond de l’eau , tantôt monter et descendre au milieu de ce liquide, sur les plantes qui y croïssent, il lui coûte peu à porter, si les différentes pièces dont:il est construit font un tout d’une pesanteur à

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110 HISTOIRE NATURELLE

peu près égale à celle de l’eau; aussi la larve a grand soin de choisir des corps dont la pesanteur spécifique est moindre que celle de l’eau, et ce qu'elle semble se proposer principalement, c’est d’attacher à son fourreau des espèces de calebasses.

Quañd cette larve, qui ne sait point na- ger, veut marcher, elle sort sa tête et la partie antérieure de son corps hors:de son fourreau ; elle cramponne les six pates écail- leuses dont elle est pourvue, et marche en s'appuyant dessus ; elle trouve d’autant moins de difficulté à marcher, que le poids de son corps et celui de son fourreau sont, comme nous l'avons dit, d’une pesanteur à peu près égale à celle de l’eau.

Les larves des friganes ont six pates écail- leuses; leur corps est composé de douze anneaux : les trois premiers, auxquels tien- nent les pates, sontécailleux, de même cou- leur que la tête, qui est brune et écail- leuse ; les autres sont blanchâtres ct trans- parens : le quatrième a trois éminences charnues, par lesquelles Réaumur croit que la larve aspire et rejette l’eau ; les huit au-

DES FRIGANES. T11

tres ont des filets auxquels cet observateur soupçonne de l’analogie avec les ouïes des poissons. Outre ces filets, elles ont des poils sur différentes parties du corps, surtout d’assez longs à l'extrémité , qui est un peu fourchue; la bouche est armée de mâchoires propres à couper la matière que la larve fait entrer dans la composition de son four- reau, ou qu'elle veut manger. Réaumur, et avant lui Valisnieri, ont cru, avec raison, qu’elles se nourrissent de feuilles des plantes aquatiques. Degéer a eu occasion de s’en assurer; mais il a vu aussi de ces larves manger une larve de tipule et une nymphe de libellule; ce qui prouve qu’elles sont carnivores et herbivores.

Réaumur n’a pu découvrir dans ces larves la partie par elles font sortir la soie qu’elles emploient pour faire leur fourreau ; mais il a vu que lorsqu'on en dépouille une de son vêtement, elle y rentre aussitôt , la tête la première, si on le laisse près d'elle. Ces larves sont moins imbéciles que les che- nilles des teignes, qui ne connaissent plus leur habit dès qu'elles en sont sorties, et

112 HISTOIRE NATURELLE

qui aiment mieux s'en faire un neuf que de vêtir une seconde fois celui qu'on leur a enleÿyé.

Ce n’est pas dans la construction de leur fourreau que les larves des friganes font voir le plus d'industrie. Toutes doivent se changer en nymphes avant d’être insectes ailés, et devenir habitans de l'air, après être.nées dans l’eau et y avoir crû. C’est dans leur fourreau qu’elles subissent leur métamorphose ; mais la nymphe n’y serait pas en sûreté contre les attaques de ses en- nemis , si la larve n’en fermait l'entrée, en bouchant les deux ouvertures avec la soie dont elle est pourvue : elle en forme des fils avec lesquels elle construit une grille de chaque côté; les mailles en sont assez rap- prochées pour empécher les insectes carnas- siers de pénétrer dans l’intérieur, et assez écartées pour laisser un libre passage à l’eau que la nymphe a besoin de respirer; mais avant de griller son fourreau, la larve a soin .de l’assujettir contre quelque corps solide.

La nymphe est couleur de citron ; l’ex-

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à DES FRIGANES. 113 LA

trémité de son corps est fourchue : elle a sur le dos les mêmes paquets de filets blancs qu’on voit sur la larve , et on y distingue toutes les parties que doit avoir l'insecte parfait; sa tête, qui est petite par rapport à son corps, a une singularité remarquable : c’est une espèce de bec formé par deux cro- chets qui sont placés de chaque. côté de la tête , et qui se réunissent à leur extrémité. Valisnieri croit que les crochets, quine sont d'aucune utilité à la nymphe tant qu’elle reste sous cette forme, lui servent à déta- cher la grille lorsque l’insecte parfait sort de son fourreau. C’est ordinairement quinze ou vingt jours après que la larve s’est mé- tamorphosée en nymphe, que la frigane sort de son enveloppe; elle ne la quitte point dans l’eau : pendant qu’elle est en- core nymphe, elle abandonne son four- reau, marche sur la surface de l’eau avec ses quatre pates antérieures, qui, de même que les autres, sont renfermées dans une enveloppe particulière ; elle cherche un endroit sec elle puisse rester tranquille, et attendre que sa peau se sèche et se fende;

114 HISTOIRE NATURELLE

e’est au bout de quelques minutes qu’elle parvient à.en être débarrassée.

On voit voler les.friganes au bord des eaux , elles vont déposer leurs œufs sur des plantes aquatiques : ces œufs sont ren- fermés dans une matière glaireuse , trans-

> parente comme de l’eau , de la consistance

d'une gelée molle et adhérente à la plante sur laquelle sont déposés les œufs.

Ce genre contient plus de cinquante es- pèces, qu’on trouve presque toutes en Eu- rope, et une grande partie aux environs de Paris : nous en décrirons quelques unes des plus remarquables par leur couleur.

La Frigane striée, Phriganea striata.

Cette espèce est la plus grande de celles qu'on trouve aux environs de Paris ; sa lon- gueur est de près d’un pouce ; elle est en- tièrement de couleur fauve; elle a quelques poils bruns sur la tête et le corselet; les antennes sont à peu près de la longueur du corps; les yeux sont noirs ; les ailes sont presque du double plus longues que

Insectes.

_Deweue del.

À Gi + My ibdliloide. 4. mg, strice . 2. Ase, barbare. 5. Sa Larve. 5. Panop. commune .

DES FRIGANES, 115

le corps; elles ont des stries longitudinales très marquées, d’une couleur plus foncée que les ailes, dont le bord intérieur est garni de poils.

Les pates sont longues et épineuses.

Elle habite l’Europe ; on la trouve aux environs de Paris au bord des eaux.

La Frigane bimaculée, Phriganea bimaculata.

Cette espèce a environ quatre lignes et demie de long; ses antennes sont très longues, composées d’un grand nombre d'articles noirs et blancs; ses ailes supérieures sont d’un brun foncé; elles ont vers le milieu du bord intérieur une petite tache d’un blanc jaunâtre; les inférieures sont noires; les pates sont d’un brun clair. Le mâle diffère de la femelle par la couleur de ses ailes, qui sont noires, avec des bandes transversales d’un gris jaunâtre; leur extrémité est un peu pliée en dessous.

Elle habite l’Europe : on la trouve aux environs de Paris.

116 HISTOIRE NATURELLE

Sa larve se fait un fourreau qui a la forme d’un cornet : il est composé de. grains de sable mélés avec du limon. Lorsqu'elle est prête à se changer en nymphe, elle en re- tranche le petit bout, et ne lui laisse qu’une longueur proportionnée à celle qu’elle aura sous la forme de nymphe. On trouve .ces fourreaux au commencement de l’été : leur grandeur est alors de quatre lignes, et cha- que extrémité est à peu près de même dia- mètre. Ils sont couchés horizontalementsur les feuilles du nénuphar, auxquelles ils tien- nent par les deux bouts, au moyen d’une petite plaque de soie que la larve file au- dessous de l’un et l’autre de ces bouts, entre le fourreau et la feuille : ils y sont attachés de manière que les deux ouvertures restent libres.

Ces petites larves, qui ont aussileurs enne- mis, ne grillent cependantpas leurs fourreaux comme font les grandes espèces ; mais elles ontsoin d’en fermer les deux extrémités avec une plaque ou cloison solide, composée de grains de sable et de terreau fort menu qu’elles unissent ensemble avec des fils de

DES FRIGANES. e 117

soie comme ceux du fourreau même ; ce qui fait présumer qu’elles se servent de la partie superflue du fourreau qu’elles ont retran- chée. Mais ce qu’il y a de remarquable, c’est que, comme elles ont besoin sans cesse d’une nouvelle eau , parce que, si elle croupissait, elle leur deviendrait funeste, elles ont soin de ménager une petite ouverture au centre de cette cloison. Ce trou, quoïque fort petit, est suffisant pour leur donner la communi- cation nécessaire avec l’eau extérieure, €t les met en même temps, par sa petitesse, à l'abri de toute insulte.

La nymphe est petite ; elle n’a que quatre lignes de longueur. Sa couleur est verte; elle a sur les anneaux quatre lignes longitu- dinales brunes formées par de petits traits noirs; les antennes, les pates etles four- reaux des ailes sont blanchâtres et transpa- rens. Le devant la tête est armé de deux petits crochets bruns et écailleux , destinés “aux mêmes usages que ceux que portent les nymphes des grandes larves de friganes. Les ailes sont flottantes ; elles ne tiennent au corps que par leur origine. Les antennes

118 HISTOIRE NATURELLE

sont remarquables par leur longueur; elles s'étendent au-delà du corps de la nymphe, et leur extrémité est roulée en spirale; le dernier anneau est terminé par deux petits corps déliés, écailleux, de couleur brune, un peu courbés en crochets à leur extrémité. En général, cette nymphe a le corps al- longé; son ventre est à proportion plus long que celui des autres nymphes de ce genre , et on ne lui voit que fort peu de ces filets membraneux qu'ont toutes les larves de friganes.

C’est environ quinze jours après que la larÿe s’est changée en nymphe, que paraît l'insecte parfait. Pour prendre cette forme, la nymphe quitte son fourreau ; car, comme nous l'avons dit, la frigane ne serait pas en état de forcer la plaque qui en bouche l’ou- verture. La nymphe fait sauter cette plaque avec les deux crochets de sa tête; ensuite elle nage dans l’eau jusqu’au moment elle doit quitter sa peau; ce qui a lieu peu à peu ; les pates desla nymphe sont garnies d’un grand nombre de poils fins et serrés ; de sorte qu'ils forment une espèce de frange :

: è

melti tés à

DES-FRIGANES. 119

c'est en frappant l’eau avecses pates, qu’elle parvient à nager. On remarque la même

chose sur d’autres nymphes plus grandes;

celles des ditiques, des hydrophiles, des pu-

naïises aquatiques , etc. Les poils appartien-

nent uniquement à la nymphe : on ne les

voit plus sur la frigane. La nymphe, qui a

eu besoin de nager une fois dans sa vie, a

reçu de la nature des instrumens propres à

cette opération. Pour se défaire de sa peau, : elle ne sort point tout-à-fait de l’eau ; elle

se place simplement de manière que le des-

sus du corps, et surtout du corselet, touche

la superficie de l’eau , comme font les nym-

phes des cousins;elle reste comme suspendue

contre cette superficie. C’est que la fri-

gane quitte sa dépouille, en faisant crever

la peau qui couvre le corselet et la tête. La

dépouille vide reste flottante sur l’eau.

La Frigane grande, Friganea grandis. Elle a de dix à onze lignes de long; ses

ailes supérieures sont d’un brun grisâtre, avec des nuances cendrées, une raie longitu-

120 HISTOIRE NATURELLE dinale noire, des taches irrégulières d’un

brun obscur, et deux points blancs vers

l'extrémité ; les ailes inférieures sont trans- parentes, brunes, avec les bords jaunâtres; les pates sont d’un brun jaunâtre , avec des taches noires ; les antennes sont de la lon- gueur du corps, brunes, annélées de gris.

Elle habite l’Europe, et est commune aux environs de Paris.

Sa larve se forme un fourreau avec des petits morceaux de boïs disposés longitudi- nalement sur les côtés du corps.

La Frigane noire, Friganea nigra.

Cette petite frigane a quatre à cinq lignes de long; elle est remarquable par ses anten- nules; les antérieures sont extrêmement lon- gues, d’égale grosseur, depuis leur origine jus- que vers l'extrémité, qui est cylindrique; elles sont couvertes de poils assez longs et serrés; les inférieures sont courtes, peu visibles : son corps et ses ailes sont d’un noir bleuâtre, brillant : on voit sur les ailes supérieures quelques taches d’un noir foncé; ces ailes

DES FRIGANES:. 127 paraissent chiffonnées à l'extrémité; les an- tennes ont des anneaux blancs depuis la base jusque vers le milieu, le reste est noir ; elles sont plus longues que le corps.

Elle habite l’Europe : on la trouve aux environs de Paris. Ces petites friganes sont très vives. :

La Frigane rhombifère, Friganea rhombæa.

Cette belle frigane a près de neuf lignes de longueur; elle ressemble à une teigne ; ses ailes supérieures sont d’un jaune un peu brun, avec des taches brunes, irrégulières; son corps est jaune, avec une ligne longitu- dinale brune de chaque côté.

Elle habite l’Europe.

Sa larve, suivant Linné et Fabricius, se fait un fourreau avec des brins de gramen, qu’elle croise en différens sens. Geoffroy dit qu'elle le recouvre de petites pierres et de débris coquilles.

On la trouve aux environs de Paris, au bord des eaux, elle va déposer ses œufs.

VII. II

. PL

_4 + nn : 122 HISTOIRE NATURELLE

XXII GENRE.

ÉPHÉMÈRE.

Caractères génériques. Antennes très courtes et subulées; articles nombreux, à peine distincts. Quatre antennules très courtes, peu apparentes, égales, filiformes; les antérieures composées de quatre articles, les postérieures de troïs, Ab- domen terminé par deux ou trois filets longs et sétacés. Trois petits yeux lisses.

Les éphémères ontles antennes très cour- tes, peu visibles.

La tête plus étroite que le corselet ; les yeux à réseau arrondis, les petits yeux lisses placés au-devant de la tête, quelque- fois plus grands que les yeux à réseau.

Le corselet est convexe; l'abdomen long, quelquefois cylindrique, composé de dix an- neaux terminés par deux ou trois filets plus longs que le corps.

Les pates sont assez longues, les anté- rieures plus que les autres, et linsecte les porte en avant.

L'éphémère a quatre ailes membraneuses,

DES ÉPHÉMÈRES. 123 réticulées; les supérieures beaucoup plus grandes que les inférieures, qui dans quel- ques espèces sont si petites, qu’elles ne pa- raissent presque pas; elle les porte élevées ou perpendiculaires au plan de position.

Le nom d’éphémère a été donné à ces in- sectes À cause de la courte durée de leur vie : il y en a qui meurent le jour même qu'elles sont nées; il y en a qui ne voient jamais le soleil; elles naissent ou elles sortent de l’eau après qu'il est couché, et meurent avant l'aurore : enfin, la vie de quelques unes n’est que d’une heure ou de quelques heures. D'autres éphémères vivent cependant plu- sieurs jours dans la province d’Upsal. M. de Giorna, qui habite Tumin, dit dans son Ca- lendrier entomologique, que son père a vu au mois de janvier une éphémère attachée extérieurement À un carreau de sa croisée ; elle y est restée jusqu’au mois de février, et l'air s'étant réchauffé, elle s’est envolée.

Plusieurs naturalistes modernes ont fait des observations sur les éphémères. Swam- merdam et Blankaert parlent de celles de la plus grande espèce, qui sortent des rivières

124 HISTOIRE NATURRKLLE

de la Hollande en été pendant trois ou quatre jours, dans une abondance surpre- nante : elles ne vivent que quelques heures. Réaumur a donné l’histoire d’éphémères plus petites, qui vivent dans les rivières de la Seine et dela Marne, et qui, pendant quel- ques jours d’été, paraissent en l'air par mil- liards vers le coucher du soleil, mais qui meurent toutes en deux ou trois heures. Toutes les éphémères ont été des larves, et ensuite des nymphes; c’est sous ces deux formes qu'elles ont pris leur accroissement au milieu de l’eau. Swammerdam prétend qu'il ÿ a des espèces qui restent trois ans sous l’eau. Réaumur en a vu y demeurer deux ans, et beaucoup d’autres environ une année. Mais quand ces insectes sont parvenus à être habitans de V’air, ce moment est pour eux le terme fatal; malgré le grand appa- reil qui a été employé pour les y amener, ils doivent périr dans l'instant ils y ar- rivent. Si l’histoire des éphémères, dit Réau- mur, eût été mieux connue de ceux à qui nous devons des leçons de morale, ils n’eus- sent pas manqué de proposer la vie de ces

DES ÉPHÉMÈRES. 125

insectes comme une image de celle des hommes, dont les plus heureux, après avoir été tourmentés une longue suite d’années par des projets inspirés -par l'amour de la gloire, ou par celui des richesses, ne les voient pasplus tôt remplis, qu’ils se trouvent arrivés à un terme tout leur devient inu- tile, tout ce qui les environne est pour eux un pur néant. Les larves d’éphémères ont six pates. Sous l’état de nymphes, elles ne diffèrent des larves qu’en ce qu’elles ont des four- reaux d'ailes attachés au corselet; dans quelques espèces , le corselet est divisé en deux parties , dans d’autres il semble l'être en trois; mais la partie du milieu est étroite en comparaison des deux autres ; la tête est triangulaire, un peu aplatie en dessus et en dessous ; en dessus elle est cou- verte d’une plaque écailleuse qui s’avance entre les antennes, et y forme deux espèces de cornes; les yeux à réseau sont assez grands , ils sont placés près de la base de cette plaque; les antennes sont à filets co- niques. Au-dessous de la tête, on voit deux

120 HISTOIRE NATURELLE

parties écailleuses, longues .et pointues , un peu courbées en dehors, qui se terminent en pointe fine ; elles partent des deux côtés de la bouche, et s’avancent comme deux cornes au-devant de la tête; elles sont ar- ticulées, et mobiles à la volonté de l’insecte : la bouche est composée d’une lèvre supé- rieure ; d’une lèvre inférieure et de deux dents écailleuses à dentelures : le corps est divisé en dix anneauxs il sort de l'extrémité du dernier trois filets presque aussi longs que le corps; dans plusieurs de ces in- sectes, ces filets sont écartés les uns des au- tres, et forment une queue remarquable ; ceux de quelques espèces sont, depuis leur origine jusqu'à l'extrémité, bordés des deux côtés d’une frange de poils disposés comme les barbes d’une plume , et aussi proches les uns des autres que le sont ces barbes ; d’autres n’ont de ces poils que jus- qu'aux deux tiers de leur longueur ; d’autres n'ont que le filet du milieu barbu, et seule- ment le côté intérieur des deux autres. La plupart de ces larves sont brunes ou jau- nâtres ; elles diffèrent entre elles par les in-

DES ÉPHÉMÈRES. 127

clinations que la nature leur à données ; les unes passent leur vie dans des habitations fixes; chacune a la sienne, qui n’est qu’un trou qu’elle a creusé au-dessous de la sur- face de l’eau, dans la terre qui en forme le bassin ; rarement elles quittent ce trou pour nager, ce n’est guère que dans les circon- stancés qui demandent qu’elles se creusent un nouveau logement. Les autres sont pour ainsi dire errantes; tantôt il leur plait de uager, et tantôt de marcher sur les corps qui se trouvent sous l’eau , elles se ca- chent sous des pierres ou sous des morceaux de bois, ou se tiennent tranquilles sur les mêmes corps. Celles qui ne changent point de place et qui sont à portée d’être vues, fixent l'attention de l'observateur; il voit avec plaisir l'agitation vive dans laquelle sonttdes espèces de houppes, d’une gran- deur sensible, placées de chaque côté de la plus grande partie du corps. Chacune de ces houppes paraît, au premier coup d'œil, faite de filets déliés, et il y en a qui en sont composées. On ne saurait ex- primer la vitesse avec laquelle chacune dé-

128 HISTOIRE NATURELLE

crit en même temps un arc d’une petite étendue dans un sens, et ensuite dans un sens contraire. Si on regarde ces houppes au microscope, on juge qu’elles sont les ouïes de l’insecte. Toutes les espèces ne les portent pas de la même manière; les unes tiennent les leurs parallèles au plan sur le- quel elles sont posées; elles sont placées comme les rames d’une galère; d’autres por- tent leurs ouïes perpendiculaires au plan de position, elles les tiennent droites et éle- vées au-dessus de leur corps; dans quel- ques espèces, elles sont couchées sur l’in- secte , et dirigées vers la queue. Le nombre de ces ouies n’est pas le même pour toutes les espèces : les unes en ont six de chaque côté , les autres sept. La première paire part du premier ou du second anneau, et cha- cune des autres paires, d’un des anneaux suivans : les trois derniers en sont dépour- vus. Dès que le port des ouïes n’est pas le même , et que leur nombre varie, on peut juger que toutes ne sont pas faites sur le même modèle. Nous renvoyons à Réaumur pour en voir la description; nous nous bor-

DES ÉPHÉMÈRES. 129

nerons à donner celle de l’espèce la plus commune aux environs de Paris. Cette es- pèce est celle dont les ouiïes sont couchées sur le corps : ces ouïes sont composées de deux feuilles posées parallèlement l'une à l’autre , et souvent appliquées l’une contre l’autre , mais de grandeur inégale : la plus petite a en tout sens environ un quart de dimension de moins que la plus grande 3 l’une et l’autre sont plus longues que larges, et c'est assez près de leur origine qu’elles ont le. “plus de largeur; un de leurs côtés est concave , c’est celui qui s'applique sur le corps obliquement, en se dirigeant vers la queue; l’autre, le supérieur, est con- vexé : ce dernier est bordé par une frange de petits corps oblongs, d’un diamètrerà peu près égal dans toute leur longueur. Des carps plus gros et plus pointus partent de distance en distance de la surface con- cave, mais ils ne sont pas assez proches les uns des autres pour former une frange : enfin, chaque feuille des ouies , comme celles des plantes, est partagée en deux parties à peu près égales, par une espèce

130 HISTOIRE NATURELLE

de grosse nervure qui va de son origine à son extrémité. Cette nervure est creuse, et est probablement de vaisseau destiné à re- cevoir l’ainetà le distribuer jusqu'aux fran- ges, jusqu'aux bords du côté convexe et du côté concave : de ce principal vaisseau par- tent des vaisseaux plus petits, qui prennent leur route vers le-bord ; et qui, en s’en ap- prochant ,.se ramifient.

De toutes les larves qui doiventse changer en éphémères, celles-ci, comme nous l’avons dit, sont les plus communes aux environs de Paris; elles offrent, la plupart des an- nées. Sur la fin de l'été, pendant trois ou quatre jours, une sorte de phénomène aux Habitans des bords de la Seine. Les éphé- mères, qui naissent etmeurenttoutes en peu d'heures;sont en sigrand nombre, qu'après leur mort elles couvrent entièrement le pavé sur lequel elles tombent, et y forment une couche si épaisse, que la terre n’est pas mieux couverte en-hiver par la neige.

Les larves de ces éphémères ne nagent pas dans l’eau; elles sont de celles qui se tiennent cachées dans des trous percés dans

DES ÉPHÉMÈRES. 131

les bancs d’une terre compacte. Ordinairé- ment ces trous sont dirigés horizontalement; la plupart de leurs ouvertures sont un péu ovales: on peut néanmoins en observer d’au- tres plus oblongues. Quoïque la distribu- tion des unes et des autres n'offre d’abord rien de fort régulier, on remarque cepen- dant que les ouvertures peu ovales sont placées deux à deux sur une même ligne horizontale , et qu'il y en a toujours deux très proches l’une de l’autre. Après un léger examen, on reconnaît aussi que ce n’est pas sans raison que deux ouvertures pres- que circulaires sont si proches; on recon- naît qu’elles appartiennent à un seul etmême logement, et qu'une ouverture très oblongue tient lieu à d’autres des deux circulaires. Cette dernière est formée de deux ouver- tures qui ont été réunies, parce que la cloïson qui les séparait a été emportée ; bientôt on apprend que le logement de cha- cune de nos larves n'est pas aussi simple que le trou cylindrique dans lequel se tient un ver de terre. Notre larve loge dans uné cavité à deux branches, semblable à celle

+

132 HISTOIRE NATURELLE :

qui se trouverait dans un tube de verre qu’on ‘aurait plié en deux. L’habitation de chaque larve est composée de deux pièces. C’est toujours dans une terre de la consis- tance de celle de la glaise que ces trous sont percés ; on n’en trouve jamais dans les bancs de gravier. Le logement est propor- tionné à la grandeur de l’insecte qui l’ha- bite mais il a toujours une longueur dou- ble de celui de son corps. Tous les vides que le corps de l’insecte y laisse sont rem- plis par l’eau. Les ouvertures de l’un et de l'autre trou se trouvent au-dessous de son niveau : l’insecte en est environné de toutes parts, comme il le serait au milieu de la rivière , sans‘courir autant de risque d’être dévoré par les poissons voraces. Outre que son habitation sert à le mettre en sûreté, elle met à sa portée les alimens dont il se nourrit: la transparence de son corps permet de voir que ses intestins, qui sont faits à peu près comme ceux des chenilles , sont remplis de terre. Les excrémens qu’on lui voit rendre en certain temps, ne sont que des grains d’une terre à qti a été

DES ÉPHÉMÈRES. 133

enlevé ce qu’elle avait de succulent. Ces larves, qui nous paraissent si faibles, ont cependant des organes propres à digé- rer une nourriture aussi grossière, et Ja nature les a pourvues d’instrumens proprés à se la procurer et à se creuser un loge- ment: ce sont les espèces de cornes qu’elles ont au-devant de la tête. D’autres larves d’éphémères nous présentent des différen- ces : celles-ci sont d’une grande vivacité quand elles nagent, ce qu’elles exécutent par le mouvement du ventre , en le haus- sant et le baïissant alternativement avec beaucoup de vitesse; mais elles marchent lentement sur le fond des eaux et sur les plantes aquatiques dont elles se nourrissent.

Lorsque les larves d’éphémères ont ac- quis toute leur grandeur, les unes après un an , les autres après deux ou trois; elles de- viennent nymphes , et ne diffèrent des lar- ves, comme nous l'avons vu, que par les fourreaux d'ailes. Pour se transformer en éphémères, ces nymphes sortent de l’eau et se rendent dans quelque endroit sec; elles ne tardent guère à y quitter leur peau de

VII 12

134 HISTOIRE NATURELLE

nymphe, qui se fend au-dessus de la tête et-du corselet; elles s’en dépouillent avec la plus grande facilité. Après avoir quitté la peau de nymphe ; ces éphémères s’envo- lént et vont se placer sur des murailles, des arbres, ou dansdes endroitssemblables. Quoi- qu'elles soient alors pourvues d’ailes , et que rien ne semble leur manquer, elles ont cepen- dant encore à se défaire d’une dépouille. Pour achever cette opération, elles se fixent quel- que part, au moyen des crochets de leurs pa- tes: l’éphémèrese tientensuiteforttranquille, et attend le moment elle pourra se tirer de la peau dont elle est couverte: ellese met le plus souvent dans une position verticale , la tête en haut; elle reste dans cette position des heures entières : enfin, la peau du cor- selet et de la tête commence à se fendre , et à mesure que cette fente augmente, l’éphé- mèreen tire toutes ses parties les unes après les autres. Les ailes se dépouillent comme tout le reste : elles sont tirées peu à peu d’une pellicule qui les couvrait. La première dépouille que quitte la nymphe tient quel- quefois aux filetside la queue, surtout à

DES ÉPHÉMÈRES. 135

celles qui naissent les premières ; elles lem- portent avec elles et s’en débarrassent pen- dant qu’elles volent, Cette dépouille st un vêtement auquel restent-attachées toutes les parties de la nymphe qui a vécu dans l’eau, et qui deviennent inutiles à l’éphémère qui doit habiter l'air. La seconde dépouille reste attachée à l’endroit l’éphémère l’a quit- tée. Swammerdam prétend que, dans l’es- pèce sur laquelle il a donné des observa- tions, le mâle est seul assujetti à ce second dépouillement.

Les éphémères ont les mêmes parties après commeavant cette dernière mue; elles n’augmentent ni ne diminuent en nombre.

Ii se fait cependant du changement dans _ quelques unes. Avant cette mue, la peau qui couvre le corps, les ailes et les pates , est mate et terne, d’un brun obscur pres- que noir , sur laquelle les taches qui parai- tront après la mue ne sont encore que faibles et à peine marquées; mais, après le dernier dépouillement, la peau de l’insecte est lui- sante ; les ailes, dans quelques espèces, sont comme vernissées. Les couleurs dercelles de

136 HISTOIRE NATURELLE

femelle sont presque les mêmes dans les deux états. Avant le changement de peau , les ailes sont molles et flasques : cependant l'éphémère peut s'en servir pour voler; mais son vol est lent et pesant : après le dépouillement , les ailes sont sèches et fria- bles.

Cern’est qu'après avoir quitté cette der- nière dépouille que les éphémères sont dans leur état de perfection et capables de se reproduire. Parmi les éphémères , il y en a qui ont-une queue faite de trois filets égaux en longueur, et d’autres qui n’ont que deux grands filets ; celui du milieu est extrémement court, il n’a pas la sixième ou la huitième partie de la longueur des au- tres. Celles à qui le filet du milieu manque presque en totalité, sont les mâles : en échange de ce filet, ils en ont quatre courts en dessous du ventre, et qui semblent ana- logues aux parties données aux autres mâles pour saisir leurs femelles. A l'extrémité de l'abdomen, le mâle à deux parties qui lui sont propres, et qu'on ne voit point à celui de la femelle; ce sont deux crochets cour-

ii LL. +

DES ÉPHÉMÈRES, 137

bés en arc et attachés au-dessous du neu- vième ou dernier anneau ; il s’en sert pro- bablement pour s’accrocher au corps de la femelle dans l’accouplement. Chaque cro- chet est composé de quatre pièces : la pre- mière , qui tient au ventre, est courte et solide ; elle est comme la base du crochet qui y est attaché par une articulation ou jointure au moyen de laquelle il se donne les mouvemens nécessaires ; car l’insecte se sert de ces crochets comme de pinces : la seconde pièce est longue et courbée en arc; elle a, du côté concave, une infinité de pe- tites pointes en forme de dentelures, qui apparemment sont faites pour arrêter le corps de la femelle : la troisième pièce est courte, et la quatrième, dont le bout est ar- rondi, l’est encore davantage : l'inspection seule de ces crochets du mâle pourrait Ser- vir de preuve que les éphémères s'accou- plent comme les autres insectes. L’abdomen de la femelle diffère de celui du mâle : entre le septième et le huitième anneau, on y voit en dessous une ouverture par laquelle elle pond ses œufs. Les éphémères n’ont point

138 HISTOIRE NATURELLE

de bouche sensible ; on peut croire qu’elles ne mangent pas, ou si elles prennent de la nourriture, ce ne peut être que le suc qui sort des feuilles des plantes; mais on ne peut l’assurer. Ce qu’on sait, c’est que ce sont de petits animaux très faibles, qu’on blesse par le plus léger attouchement.

Les femelles des éphémères sont lourdes ; elles ne paraissent guère avoir autre chose à faire dans leur vie, que de pondre leurs œufs ; elles sont en état de s’en délivrer dès qu’elles ont l’usage de leurs ailes ; il semble même que ce soit un besoin dont elles soient pressées ; c’est à l’eau de la rivière qu'elles devraient les confier, et à laquelle la plupart les confient : cependant plusieurs laissent les leurs sur tous les corps sur les- quels il leur arrive de tomber ou de se po- ser. Tout a été ménagé pour qu’un insecte qui à si peu à vivre püût finir ses différentes opérations en très peu de temps. Il n’y a guère de femelles qui doivent mettre au jour un si grand nombre d'œufs, et les pondre aussi promptement; ceux de l’éphémère sont arrangés en deux espèces de grappes ,

DES ÉPHÉMÈRES. 139

dont chacune est composée de grains qui se touchent. Quelques unes ont trois lignes et demie, d’autres quatre lignes de longueur ; leur diamètre est d'environ une ligne. Cha- cune de ces grappes contient trois cent cin- quante-à quatre cents œufs. Chaque éphé- mère a donc sept à huit cents œufs à pondre, et c’est pour elle une opération d’un moment. Non seulement les œufs ont été disposés en grappes, ce qui accélère la ponte, mais, pour la rendre encore plus prompte, l'éphé- mère les fait sortir toutes deux en même temps. Pour se disposer à pondre, la fe- melle relève l'extrémité de sonabdomen, auquel elle fait faire un angle presque droit avec le reste de son corps. C’est alors qu’elle pousse en dehors les deux grappes à la fois, par les deux ouvertures dont nous avons parlé, Les éphémères qui vo- lent à fleur d’eau s’äppuïient avec les filets de leur queue sur l’eau même, pendant qu'elles lui confient leurs deux grappes d'œufs : elles n’ont pas besoin d’en prendre d'autre soin ; la pesanteur de ces grappes, qui surpasse celle de l’eau, les fait tomber

140 HISTOIRE NATURELLE

_ sur-le-champ au fond de la rivière: les œufs y sont bientôt séparés les uns des au- tres; mais comment, dit Réaumur, ces œufs sont-ils fécondés ? comment ont-ils le temps de l’étre ? car il semble que chaque femelle ne s’est pas plus tôt élevée en l'air, qu’à peine y a-t-elle volé quelques instans, qu'elle se rabat sur la surface de l’eau pour faire sa ponte. En quel temps les mâles s’accouplent- ils avec les femelles ? C’est sur quoi Réau- mur ne sait rien de précis. Swammerdam , qui a observé une autre espèce d’éphémère, prétend'que les œufs sont fécondés sans ac- couplement ; que les mâles des éphémères * jettent sur les œufs que les femelles vien- nent de pondre, une laite, une liqueur vi- vifiante, comme on croit communément que le font les mâles de la plupart des pois- sons. Mais notre célèbre observateur, qui n’a pu voir l’accouplement de ces insectes , avait de la peine à croire Swammerdam ; il lui paraissait impossible que des œufs qui tombent dans l’eau au momeut ils sor- tent du corps de la femelle, pussent être fécondés de la manière que Swammerdam

DES ÉPHÉMÈRES. 1h41 le prétend; mais Degéer, qui a été plus. heureux que Réaumur, va nous apprendre comment s’accouplent les éphémères. Il dit que dans leurs assemblées aériennes, qui sont composées uniquement de mâles , il a remarqué que dès qu’une femelle se rendait dans la mélée, ce qui arrivait fort souvent, ceux-ci se mettaient d’abord à sa pour- suite, et semblaient se dispuier deux ou trois à la fois sa conquéte; qu’enfin l'un d’entre eux parvenait à s'envoler seul avec la femelle. Ordinairement ce couple gagne les airs, et va se placer au haut d’une mu- raille, ou sur un arbre; mais deux ou trois couples s'étant posés sur un buisson, il fut à portée de les observer. Il vit que le mâle s'étant placé au-dessous de la femelle, re- courbait son ventre par en haut, et qu’il en appliquait l'extrémité contre l'ouverture qui se trouve au ventre de la femelle, entre le septième et le huitième anneau, et que nous avons vu plus haut donner issue aux œufs. L'affaire fut achevée dans un instant, après quoi le mâle s'envola ; mais la femelle étant restée sur la feuille, Degéer eut la

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142 HISTOIRE NATURELLE

curiosité de s’en saisir, et faisant au ventre une légère pression, il vit sortir de l’ouver- ture une petite goutte d’une liqueur transpa- rente, qui peut-être était une partie de la semence que le mâle venait d'y verser. Enfin, cette action du mâle était très certai- nement un accouplement réel. Il n’a pu observer comment le mâle s'était saisi en l'air du corps de ia femelle avec ses deux longues pates antérieures, qu'il soupçonne destinées à cet usage, et comment il em- brassait le ventre de sa femelle au moyen des deux crochets qu'il porte au derrière. On ignore aussi combien les œufs sont de temps à éclore ; mais on ne doit pas douter que dès que les larves en sortent, elles sa- vent se faire des trous dans lesquels elles sont À l'abri de la voracité des poissons. La fécondité des mères étant très grande, comme nous l’avons vu, et les petits peu exposés, il n’est pas étonnant que certaines années on voie sur les rivières des nuées et des pluies de ces insectes , qu’on voit naître en deux ou trois jours , et dans deux ou trois heures de temps.

DES ÉPHÉMÈRES. 143

Il en est de ces différentes espèces d’in- sectes aquatiques, qui sont une sorte de production de différentes rivières, comme des fruits de la terre, qui ne sont pas tous à maturité dans le même temps. Les éphé- mères de Hollande, ou celies dont Swam- merdam et celles dont Clusius ont parlé, sont, par rapport aux nôtres, ce que sont les espèces de fruits précoces par rapport aux fruits d’été ou d'automne. C’est vers le commencement de cette première saison que paraissent des nuées d’éphémères dans un pays plus fraid que le nôtre, et ce n’est guère que vers le milieu de l'été que de pa- reilles nuées se montrent aux environs de Paris; enfin, ce n’est qu'à une certaine heure de chaque jour que ces insectes com- mencent à sortir de l’eau pour devenir ha- bitans de l'air, et cette heure n’est pas la même pour les éphémères des différentes espèces : celles du Rhin, de la Meuse, du Lech, de lIssel et du Wabhal; celles, en un mot, dont a traité Swammerdam, com- mencent à voler sur ces rivières vers les six heures du soir, c’est-à-dire environ deux

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144 HISTOIRE NATURELLE

heures avant que le soleil se couche. Les plus diligentes de celles de la Marne et de la Seine ne s'élèvent en l'air que lorsque le soleil est prêt à se coucher, et ce n’est qu'après qu'il l’est que le gros de ces in- sectes forme des nuées : aussi les Saisons des différentes récoltes ne sont pas mieux con- nues des laboureurs, que le temps les éphémères doivent paraître sur une rivière l'est de ses pécheurs; ils savent encore que ce temps est compris entre quelques li- mites , et elles ont quelquefois plus d’étendue qu'ils ne leur en donnent; plus de chaud ou plus de froid, des eaux plus hautes ou plus basses, et d’autres circonstances, peu- vent rendre une année plus avancée ou plus tardive. Réaumur a observé que, quelle qu'ait été pendant le jour la température de l'air, l'heure à laquelle nos éphémères com mencent à se tirer de leur fourreau est la méme, et une autre heure pa raît marquée , par-delà laquelle il ne leur est plus permis de le faire. Leur nombre est assez immense pour former en l'air des nuées, et tomber comme une grosse pluie. Pendant deux

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_ DES ÉPHÉMÈRES. 145 heures, elles obsceurcissent l'air, qui au bout de ce temps se trouve dépeuplé. d

Les éphémères que Degéer a observées se font voir vers la fin du printemps , en très grande quantité, et toujours vers le coucher du-soleil. Elles se rassemblent au nombre de quelques centaines, et voltigent continuel- lement du haut en bas; elles s'élèvent en l'air, et descendent tour à tour : ordinaire- ment elles forment des nuées qui voltigent au-dessus de quelque grand arbre, et qui s’enécartent rarement : elles représentent des essaims d’abeilles assez nombreux. Quand elles veulent s'élever, elles battent l'air fort rapidement avec les ailes; mais dès qu’elles sont arrivées à cinq ou six pieds au-dessus de l'arbre, elles se laissent descendre jusque fort près de son sommet, en tenant les ailes étendues et dans un parfait repos; elles planent alors comme font les oiseaux de proie. Pendant ce temps, la triple queue est élevée en haut, et ses filets sont écartés les uns des autres, au point de faire entre eux des angles droits. Il semble que cette queue donne une espèce d'équilibre au corps,

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146 HISTOIRE NATURELLE

qui descend parallèlement à la surface du terrain : elles voltigent ainsi sans cesse pen- dant deux ou trois heures. Ces éphémères commencent constamment à voler les jours il fait beau , une heure avant le coucher du soleil; alors on les voit s’élever en l'air, et s’attrouper dans différens endroits, mais toujours peu éloignés d’un canal ; d’une ri- vière d’un ruisseau. Elles y restent jus- qu’à ce que la rosée s'élève en trop grande abondance ; alors elles disparaissent toutes les unes après les autres : elles se retirent sur les murs des maisons; mais le plus ordinai- rement sur les plantes qui environnent fes eaux; c'est qu’elles se tiennent pendant la journée dans un repos parfait. Elles ne quittent leur place que quand on les tour- mente. Dès que le soir arrive, elles com- mencent À se ranimer et à s'élever de nou- veauen l'air. Le nombre des mâles surpasse toujours de beaucoup celui des femelles : celles-ci voltigent au-dessus de la surface des eaux, afin d'y déposer leurs œufs. De- géer croit que les femelles meurent peu de temps après la ponte : le nombre de celles

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“DES ÉPHÉMÈRES. An LT qu'il a observées diminuait de jour en jour; : de sorte que sur la fin il ne rencontrait plus que: des mâles. Ainsi, suivant Degéer, les mâles vivent plus que les femelles. 11 paraît difficile de faire des observations décisives sur la juste durée de la vie des éphémères ; elles sont si délicates et si faibles, qu’elles meurent au bout de deux ou trois heures, quand on les renferme dans un poudrier. Cet observateur croit qu'elles vivent plus long-temps dans l’airlibre, parce qu'il a vu, pendant plusieurs soirées de suite, dans le même endroit, des réunions d’éphémères qui lui semblaient en même nombre. Mais cette preuve peut paraître équivoque, parce que les mortes pouvaient être remplacées par d’autres nouvellement nées. La vie de ces éphémères paraît cependant être de plus longue durée que celles dont Swammerdam et Réaumur ont écrit l’histoire. Celles-ci ne vivent que quelques heures, et ne sortent de l’eau que pendant trois ou quatre jours de l’année. Celles de Suède se montrent beau- coup plus de jours desuite, mais ne sortent pas de l’eau en si grande quantité. La durée

.

148 Du TSTOIRE NATURELLE

de leur vie n’est donc pas la même pour toutes ; mais elle suffit pour leur donner le temps de remplir l’objet pour lequel elles sont nées : elles arrivent à l’état parfait, et ne paraissent dans les airs que pour perpé- tuer leur espèce. Mais qu'est devenue, dit Réaumur, cette prodigieuse quantité d’éphé- mères, quand il n’en paraît plus dans l’air ?

. Elles sont déjà mortes ou mourantes pour

la plupart : une grande partie est tombée dans la rivière méme elles ont vécu. Les poissons n’ont aucun jour dans l’année ils puissent faire une aussi ample chère, il leur soit aussi aisé de se rassasier d’un mets délicat, auquel les pécheurs ont donné le nom de manne. Celles qui en tombant dans l’eau n’ont pas été la proie des poissons, n’en périssent guère plus tard; elles sont bientôt noyées. Le reste des éphémères tombe sur les bords de la rivière ou aux en- virons. La durée de la vie de celles-ci n’est pas si courte ; mais autant vaudrait-il pour elles que leur fin eût été plus proche : entas- sées les unes sur les autres, sans avoir assez de force pour changer de place, sans se

Dareve del

1.E vigr. grande. 2.Sa Larve.

3.Lrig .rhombifère ,

Demoncley. Jour. +. Son Fourreau.

Eple commune, 6. Tête dEphémere.

PPT Laéts m'a di ‘TÉL S de ac

DES ÉPHÉMÈRES. 149 donner aucun mouvement considérable; elles meurent les unes après les autres ‘celles qui poussent leur vie le plus loin, et qui sont par rapport aux autres plus que des cente- naires, voient tout au plus le lever du soleil. C’est ainsi que ces ‘insectes singuliers termi- nent leur vie, qui est si longue tant qu'ils sont sous la forme de larves, et si courte sous célle d’insecte parfait. On en connaît une vingtaine d’espèces, qui toutes habitent l’Europe : nous décrirons quelques unes de celles dés environs de Paris.

On les a divisées en deux familles : la pre- mière est composée de celles qui ont trois filets à l'extrémité de l'abdomen, et la se- conde, de celles quien ont deux.

PREMIÈRE FAMILLE. Queue avec trois filets. L Éphémère commune, Æ£phemera vulgata.

Cette espèce est la plus grande de ce pays; elle a près d’un pouce et demi d'envergure; elle est brune; ses ailes ont cinq ou six taches

éd ab 2 M ET - ben, us: de, ali dé. Méta à

150 HISTOIRE NATURELLE d’un brun plus foncé; le corps est mélangé de jaunâtre et de brun; les pates sont pâles, avec des taches obscures; les trois filets de la queue sont beaucoup plus longs que les ailes.

Elle habite l'Europe, près des lacs et des rivières : on latrouve aux environs de Paris.

L'Éphémère jaune, Ephemera lutea.

Elle a cinq lignes de long ; le corps est jaune , avec les yeux noirs, et un peu de brun à l'extrémité supérieure des anneaux de l'abdomen ; les trois filets de la queue sont un peu plus longs que le corps, et entreconpés de jaune et de brun; les ailes sont transparentes , blanches, avec les ner- vures peu obscures.

On trouve cette espèce dans toute l’Eu- rope, sur le bord des eaux : elle est très commune aux environs de Paris.

L'Éphémère à ceinture, £phemera halterata.

Elle a environ trois lignes de long; la tête et le corselet sont obscurs, sans taches ;

4 de: Mu ET ET l'abdomen est blanc, avec l'extrémité ob- scure; la queue est formée de trois soies deux fois plus longues que le corps ; les deux ailes supérieures sont grandes , trans- parentes, avec le bord extérieur noir; les pates antérieures sont avancées , blanches. Cette espèce est commune dans toute l'Eu- rope. L'Éphémère marginée, Ephemera marginata.

Cette espèce ost un peu plus petite que l’'éphémère commune ; son corps est obscur ; ses ailes sont réticulées, avec le bord exté- rieur obscur ; les trois filets de la queue sont de la couleur du corps.

Commune aux environs de Paris.

DEUXIÈME FAMILLE. Queue avec deux filets. L'Ephémère veinée, Ephemeravenosa. > LP

Elle est à peu près de la grandeur de l'éphémère vulgaire, et de couleur brune

That

* UD à noirâtre ; le corselet etl’abdomen sont nuan-

_cés de brun et de gris sur les côtés; le

dessous de l'abdomen est entièrement gris 3. les filets de la queue sont gris, avec quel- ques taches brunes; les pates antérieures sonttrès longues et noirâtres ; les autres sont grises , avec des taches brunes; les ailes sont brunes , transparentes, sans taches et sans couleur ; elles ont toutes leurs nervures noires.

Ces éphémères, qui n’ont constamment que deux filets, en ont trois sous la forme de larves ;-le troisième reste en entier à la dépouille de nymphe. Avant le dernier dé- pouillement de peau, les filets ne sont guère plus longs que le corps, et les pates anté- rieures n’ont qu'un peu plus de longueur que les autres ; mais après la dernière mue, toutes ces parties s’allongent considérable- ment.

Cette espèce se trouve près des eaux ma- récageuses du Danemarck.

L'Éphémère spécieuse, Ephemera. speciosa. :

Elle a près de six lignes de long , depuis la tête jusqu’à l'anus ; le corps est obscur ; les pates antérieures sont longues ; avancées , bleuâtres ; larqueue a ses deux filetsle double plus longs que le corps; ; les ailes sont réti- culées et transparentes.

Elle se trouve communément dans toute l'Europe.

L'Éphémère horaire, Ephemera horaria.

Elle a environ trois lignes de long; le corps est brun ; la tête a deux gros tuber- cules posés.sur les yeux; les pates sont blan- châtres , et celles de devant sont très lon- gues; les anneaux de l'abdomen sont bordés de blanc; les deux filets de la queue sont blancs, ponctués de noir; les ailes sont trans- parentes , blanchâtres, avec le bord exté- rieur plus épais et noirâtre.

On la trouve dans toute l’Europe on la

.. RE ti. : cd hi. tft ur.

1 "7 154 HISTOIRE NATURELLE

voit souvent à Paris, sur les fenêtres,

elle laisse sa dépouille.

L'Éphémère à deux ailes, Æphemera diptera.

Cette éphémère fait une exception à la règle générale, qui veut que tous les in- sectes de ce genre aient quatre ailes : celle-

"ei n’en a que deux; elles sont transparentes, sans couleur ; leurs nervures sont très fines , d’un brun obscur ; elles ont extérieure- ment une large bordure d’un brun pâle , marquée de plusieurs taches blanches trans- parentes près de l’origine de l'aile; cette bordure est'traversée par une petite ligne oblique de couleur rousse; le corps est d’un gris ardoisé obscur, avec quelques li- gnes d’un rouge foncé; les pates sont d’un gris clair, un peu verdâtre ; les filèts sont blancs , avec des points noirs.

Elle se trouve en Europe, sur le bord des eaux.

Nous croyons devoir parler d’une espèce dont Degéer fait la description , à cause de

DES ÉPHÉMÈRES. 155

la ressemblance de quelques unes de ses parties avec celles de la précédente. N’ayant pas l'individu , nous donnerons seulement la figure de la tête, telle que nous la trou- vons dans cet auteur, Cette espèce n’a aussi que deux ailes extrêmement transparentes , avec les nervures blanches , peu marquées ; le corps est d’un brun obscur, avec de pe- tites lignes obliques d’un rouge foncé ; ses pates sont grises , les antérieures très lon gues; les filets de la queue blancs, avec des “points noirs. Mais ce que cette éphémère a de plus remarquable, ce sont deux yeux à réseau, placés perpendiculairement sur le dessus de la tête , entre les deux yeux à réseau qu'ont ordinairement ces insectes ; ces yeux sont assez élevés , leur partie su- périeure est convexe , taillée à facettes très fines; ils donnent à la tête une forme sin- gulière ; ils sont d’un jaune roux. Outre ces quatre yeux à facettes, on voit encore sur le milieu della tête trois petits yeux lisses. Degéer croit que cette éphémère est le mäle de l’espèce précédente: elle habite les mêmes lieux.

156 HISTOIRE NATURELLE

XXIII GENRE.

t# TERMES.

Caractères génériques. Antennes moniliformes, de la longueur du corselet; quatorze articles arrondis et distincts. Quatre antennules égales, fili- formes; les antérieures composées de quatre ar- ticles, les’ postérieures de trois. Abdomen simple. Mulets sans ailes, ;

Les termès ont la tête arrondie, placée verticalement ; leurs ailes sont très gran- des ;, couchées , horizontales , elliptiques.

La plupart de ces insectes sont exoti- ques : les mœurs de ceux d'Afrique ne nous sont connues que par les détails intéressans que Sparmann nous a donnés sur leur in- dustrie et leur manière de vivre. Ils cau- sent des ravages soudains et immenses dans les propriétés de l’homme sous la zone tor- ride. La plupart des voyageurs dont ils ont attiré l'attention par la grandeur et la struc- ture de leurs logemens, les ont appelés

fourmis blanches. Linné a regardé les ter- mès comme le plus grand fléau des deux

DES TERMÉS, 15%

Indes. Ils le sont effectivement par les dom- mages qu'ils font en dévorant et perçant tous les bâtimens en bois , les ustensiles , les, meubles, lesétoffes et les marchandises qu'ils ont bientôt détruits, si on ne les prévient à temps; car il ne faut pas moins que la dureté des métaux et de‘lawpierre pour ré- sister à leurs mâchoires destructives. “Les termès, dans leur manière de vivre , ont plusieurs ressemblances avec les fourmis ; comme elles, ils sont réunis-en société ; ils bâtissent des nids fort extraordinaires, la plupart-sur la superficie de la terre, d’où ils sortent par des passages souterrains, des galeries couvertes, qu'ils construisent dès que la nécessité les y oblige, ou que l’avidité du butin les y porte; et de ils vont faire au loin des excursions et des dé- gradations. Comme les fourmis, ils sont om- nivores ; comme elles, dans un certain temps de leur existence, ils ont quatre ailes, et font des émigrations et des colonies dans la même saison. Les termès ressemblent en- core aux fourmis dans leur activité labo- rieuse; mais ils les surpassent , elles, les VIX. 14

158 HISTOIRE NATURELLE

abeilles, les guëpes et les castors , et tous les animaux connus dans l’art de bâtir. Cha-

_ que communauté est composée d’un mâle, d’une femelle et d'ouvriers. Sparmann dé- signe ces derniers par les noms de travail- leurs et de soldats, parce qu’il a vu les uns travailler et les autres combattre. Les mâles et les femelles n’acquièrent des ailes que peu de temps avant d’être propres à reproduire leur espèce. Nous sommes porté à croire que ceux que Sparmann appelle les ou- vriers , sont les larves, et que les soldats sont les nymples; dans les termès belli- fqueux. Le nombre des premiers, suivant cét auteur, est toujours le plus considérable : il y a cent travailleurs pour un soldat. Dans le premier état, ils ont à peu près trois li- gnes de longueur, et vingt-cinq insectes pè- sent environ un grain; leur forme exté- rieure , et leur amour pour le bois, leur ont fait donner, surtout par les Français, le nom de poux de bois. Ils courent plus vite que tout autre insecte de leur grosseur, et sont sans cesse empressés dans leurs fonc- tions.

DES TERMÉS. 159 Les soldats ou nymphes ont une forme différente des travailleurs. Quelques auteurs ont cru que ceux-ci étaient les mâles, et les précédens des insectes neutres; mais, sui- vant Sparmann; c’est une erreur. Les sol- dats ont seulement subi un changement de forme, et se sont approchés d’un degré de l’état parfait. Ils sont alors beaucoup plus gros , longs d’un demi-pouce, et égaux en poids à quinze travailleurs. La forme de la tête et des mandibules , que notre auteur nomme pinces, présente encore entre ces deux in- dividus une différence remarquable. Dans le premier état, ces parties sont évidem- ment conformées pour ronger et retenir les corps; mais dans le second, leurs pinces ont exactement la forme de deux alènes fort aiguës, un peu dentées; elles ne peuvent servir qu’à percer ou blesser, objet qu’elles remplissent parfaitement , car elles £ont aussi solides que les pinces des écrevisses , et placées sur une tête forte, dure comme la corne, d’une couleur rémbrunie, et plus grosse que tout le reste du corps; qui paraît la traîner avec beaucoup de peine. C’est

160 HISTOIRE NATURELLE

peut-être, ajoute Sparmann , ce qui les empêche de monter sur les plañs perpendi- culaires.

Le troisième ordre , ou l’insecte dans sôn état parfait, a changé de forme encore plus que dans la première métamorphose. La tète, le corselet et l’abdomen diffèrent presque entièrement des mêmes parties dans les travailleurs et les .soldats ; et de plus ; Ninsectà, est alors pourvu de quatre ailes, grandes, transparentés , de couleur brune , et qui, dans le temps de l’'émigration, doi- vent lui Servir à aller chercher un nouvel établissement 1. Cet insecte est très diffé- rent sous cette yvelle forme de ce qu'il était dans les deux autres états. On peut ; ‘cependant ouvrix vingt nids sans en trouver un seul : on ne les y voit «uimmédiate- ment ayant le comen entente de la saison pluvieuse; et. c’est à cette époque qu'ils subissent la dernière métamorphose prépa- ratoire à leur émigration. L’insecte ailé a

‘Ilyenaune espèce dont les ailes sont rouges.

Cesnsectes sortent des plus grandes fourmilières , et sont très actifs et industrieux.

han à à Blé ss À à Li tac Mrs de: slt ET Ce im

DES: TERMÉS. 167

aussi changé de grosseur ;"sm Corps à alors environ huit lignes de longueur, etses ailes à peu près deux pouces et demi d’une ex- trémité à l’autre. Ces’ insectes sont égaux en poids àtrente travailleurs : ils ont deux grands yeux très saillans placés derchaque côté de la tête. Si cet organe, dit Spar- mann, existe dans les deux premiers états ? il n’est point apparent ; et il ajoute , que, étant destinés à vivre sous terre, il ne leur serait d'aucune utilité, mais qu'il leur est nécessaire sous leûr nouvelle forme , parce qu'ils doivent parcourir l'immense plaine de l'air, et découvrir des régions lointaines et inconnues. L’insecte ailé sort de son nid lorsque la saison des pluies commence; il attend rarement la seconde ou la troisième ondée : si la première arrive dans la nuit, et laisse après elle beaucoup d'humidité , le lendemain matin toute la surface de la terre, et surtout celle des eaux , en sont couver- tes; car leurs ailes ne sont faites que pour les porter quelques heures, et après le lever du soleil on n’en trouve guère qui les aient conservées, à moins que la matinée ne-con-

_ Se à : tte ile ue » : neo ét d'été SL thon.

162 HISTOIRE NATURELLE

tinue d’être pluvieuse. On les voit çà et épars et isolés, voltiger d’une place à l’autre. Une seule inquiétude semble les agiter: c’est d'éviter leurs nombreux ennemis, surtout une espèce de fourmis qui, sur chaque ar- brisseau , sur chaque feuille, donnent la chasse à cette race infortunée, dont il est probable que sur plusieurs millions il ne sera pas donné à un seul couple de trouver un lieu de sûreté, pour accomplir la pre- mière loi de la nature, et de poser le fon- - dement d’une nouvelle république.

Les termès ont non seulement pour en- nemis les oiseaux, les fourmis de toute es- pèce, les reptiles carnivores et tous les in- sectes ; mais les habitans de plusieurs con- trées, et particulièrement ceux de la Guinée, qui les mangent ’. Cependant au milieu de leur détresse, ajoute Sparmann, ils ou-

* M. Kœnig, dans son Essai sur l'Histoire des Insectes, dit que dans quelques parties des Indes orientales on fait prendre vivante, aux vieillards, la reine des termites (c’est ainsi qu'il nomme les femelles) pour les fortifier, et que les naturels ont une méthode pour attraper les insectes ailés

és ds dt dr tb RL ne or de

DES TERMÉS, 163

blient quelquefois le danger ; la plupart n’ont plus d’ailes, mais ils courent excessivement vite, les mâles après les femelles, sans son- ger alors à leurs ennemis. Il a quelquefois remarqué deux mâles poursuivant une fe- melle,, et se disputant le prix avec ardeur;

avant 16 temps de l’émigration. Ils font deux trous

au nid, l’un au vent, l’autre sous le vent; à l'oa-

verture sous le vent, ils adaptent un pot frotté, d’ane herbe aromatique; du côté du vent, ils font

un feu avec des matériaux d’une odeur désagréable ;

qui chassent non seulement les insectes dans lepot,. mais quelquefois aussi des serpens à chaperon ; aussi

prennent-ils beaucoup de précaution en les délo=

geant. Par cette méthode, ils attrapent beaucoup de

termites, dont ils font, avec de la farine, différentes

pâtisseries, qu'ils vendent à bon marché au peuple.

M. Kœnig ajoute que dans la saison cètte nour-

riture est abondante, l'abus qu’on en fait produit

une colique épidémique, accompagnée*de dysen-

terie, qui emporte les malades en trois quatre heures,

Les Africains sont moïins ingénieux ätles prendre età les apprêter. Ilssecontententderamasserdansles eaux, ceux qui y tombent lors de l'émigration. Ils en remplissent de grandes chaudières, et les font griller dans des pots de fer, surun feu doux, en les remuant comme on fait le café, Ils les mangent ainsi sans

1 64 HISTOIRE NATURELLE

mais depuis leur métamorphosé, ils sont absolument dégénérés.. Un des plus actifs , des plus industrieux , des plus ardens à la proie”, un des plus farouches petits animaux quisoient au monde, est tout à coup devenu -leplus innocent; le plus poltron de tous les

saüce et sans autre apprêèt, et les trouvent délicieux. Fe à portent à la bouche à pleines mains. Notre ren a goûté plusieurs fois d’apprêtés de cette manière , et ils lui ont paru un manger délicat, nourrissant et sain. Ils sont quelquefois plus < doux, is point aussi gras ni aussi rassassians, ‘ajoute Sparmann, que le ver palmiste, la larve du cureulio palimarum , qu’on sert sur les meilleures tables des Indes oécontalle, et surtout sur celles des Fran- cais, comme le mets le plus délicienx de ces con- trées.

A la suite de cette note, nous trouvons que sir Hans Sloane dit que le ver du cotonnier est estimé par les Indiens et les nègres au-dessus de la moelle. C’est un gros ver blanc, qui est la larve du /amia tribulus de Fabricius, qu’on apporte aussi d'Afrique, cet auteur a mangé de ces vers rôtis.

Plusieurs voyageurs sont d'accord sur le goût des fourmis blanches ; ils trouvent qu ’elles sont un inanger très délicat et bon. Un d'eux les compare à de la moëlle sucrée, un autre à de la crême sucréc et à une pâte d'amandes douces.

ns hs sa put a dd 2 “eu it: Line mn +

DES TERMÉS. 165 êtres, incapable de faire résistance au.moin- dre insecte. On.le voit entouréed’un millier de fourmis qui traînent à leurs nids cette victime. Quelques uns cependant ont le bon- heur d’ échapper à tant.de périls. Ils sont rencontrés par quelques insectes travailleñrs qui courent continuellement près de la *sur- face de la terre, sous-leurs galeries couvet= tes, et alors ils, sont élus rois et reines de nouyeaux'états, Tous ceux qui ne sont : pas ainsi conservés , “périssent. infailliblement et sans doute dans l’espace.d’un jour.

C'est parce que les travailleurs protégent ce couple heureux le jour du massacre et encore long-temps après que Sparmann a cru devoir employer le terme d'élection. Aussitôt qu'ils l'ont mis à l'abri du danger, les travailleurs les enferment dans une pe- tite chambre d'argile proportionnée à leur grandeur ; à laquelle ils ne laissent d’abord qu’une ne entrée, qui ne peut donner passage qu'aux travailleurs et aux soldats : ainsi cés sujets Yolontairgs s'imposent l’obli- gation de pourvoir aux. besoins de leurs souverains, ct à ceux de leur nombreuse

166 HISTOIRE NATURELLE

lignée; de même que celle de les défendre jusqu'à ce qu'ils aient produit une famille capable de partager au moins cette tâche avec eux. Sparmann, qui n’a jamais vu l’accouplement de ces insectes, croit que c’est alors qu'il a lieu; peu après cette épo- que; l'abdomen dela femelle commence à s'étendre par degrés, et à s'élargir à un point, que dans une vieille reine, il est quinze cents fois ou deux mille fois plus vo- lumineux que le reste de son corps, et égale en pesanteur vingt ou trente mille fois un travailleur. La peau entre les seg- mens de l’abdomen s'étend dans toutes les directions, et à la fin, ces segmens sont éloignés d’un demi-pouce les uns des autres, quoique d’abord la longueur de l'abdomen entier ne füt pas d’un demi-pouce., Ces segmens conservent leur couleur brunâtre, et la partie supérieure de l'abdomen est marquée par des raies brunes, transversales, régulièrement placées. Les intervalles qui sont entre ceS raies sont couverts d’une peau transparente. Sparmann présume que lorsque l'abdomen a atteint la longueur

DES TERMÉS. 167

de trois pouces, la femelle doit étre âgée de plus de deux ‘ans. Il en a trouvé qui avaient presque deux fois cette mesure. L’abdomen est alors d’une forme oblongue et irrégulière; il est contracté par les mus- cles de chaque segment, et il est une vaste matrice remplie d'œufs. Cette singulière ma-* téice est aussi étonnante, suivant notre au- teur, par son mouvement péristaltique que par sa grosseur : elle pousse sans relâche ses œufs au-dehors, jusqu’au nombre de soixante dans une minute, et il a vu de vieilles reines en pondre quatre-vingt mille et plus dans les vingt-quatre heures. Quelle étonrante fécondité, si Sparmann ne s’est pas trompé dans son calcul !

Le roi, après avoir perdu ses ailes, ne. change plus de forme, et ne parait pas aug- menter en grosseur : il se tient ordinaire- ment caché sous un des côtés du vaste ab- domen de la femelle. Il ne paraît pas être le principal objet des soins des autres in- sectes.

À mesure que la femelle pond, les œufs sont pris par les travailleurs, dont il y a tou-

Ed MORE Les 1 ne AM À DE QUAÉ mise Liu

168 HISTOIRE NATURELLE

jours‘un nombretsüffisantfen attente dans la chambre de la féméllé ét dans les galeries adjacentes, etsont portés dans des logemens séparés que Sparmann appelle rowrriceries. Là, les petits, lorsqu'ils sortent de l’œuf, sont pourvus de tout jusqu’à ce qu'ils soient *en étatide se procurer eux-mêmes leur sub- sistance, ct de prendre palaux travauk de la société.

Après avoir suivi Sparmann dans l'inté- ressante description du termite belliqueux , térrmès fatal de Linné et dé-Fabricius, es- pèce la plus grande et la miéux connue en Afrique, celle qui bâtit les nids les plus grands, les plus curieux et les plus multi- pliés dans l’île des Bananes, êt dans toutes

“les parties adjacentes du continent; et dont les sociétés sont les plus nombreuses, il nous réste à voir l’industrie de ces insectes singuliers dans la construction de leurs nids.

Parmi les cinq espèces de termites que décrit notre auteur, qui sont le fatal, V'atroce, le destructeur, le mordant et celui des arbres, les uns bâtissent leurs nids sur

Léa den Libé c'e nu

nié it Have DES TERMÈS. 169 la surface de la terre, ou partie dessus, partie dessous; les autres sur les branches des arbres, et quelquefois à une très grande hauteur. La figure extérieure des édifices du termès fatal est celle d’un petit mont plus ou moins conique, d’une forme élégante et approchant de celle d’un pain de sucré; leur hauteur perpendiculaire est de dix ou douze pieds au-dessus de la surface de la terre, souvent recouvert de gazon et autres plantes dont les graines ont été apportées par les vents. Chacun de ces édifices est composé de deux parties distinctes, l’exté- rieur et l’intérieur. L’extérieur est une large écaille de la forme d’un dôme, assez vaste et assez forte pour protéger l’intérieur contre les vicissitudes de l'air, etles habita contre les attaques de leurs ennemis. Chacun de ces édifices est divisé en un grand nom- bre d’appartemens, qui sont le domicile du mâle et de la femelle, le lieu est nourrie leur nombreuse lignée, et les magasins, qu'on trouve toujours pleins de provisions. Ces provisions, au premier coup d'œil, ne sem- blent être que de la râpure des bois ou VIT, 15

170 HISTOIRE NATURELLE

plantes que ces insectes détruisent; mais ce sont des gommes ou jus épaissis des plantes. Ces gommes sont rassemblées en petites masses : les unes ressemblent au sucre qu’on voit autour des conserves de fruits, les au- tres à de petites larmes de gomme. Les pièces qui sont occupées par des.œufs et des petits, sont entièrement composées de parcelles de boïs, qui semblent unies en- semble par des gommes. Ces édifices sont extrêmement serrés et divisés en plusieurs petites chambres de forme irrégulière; on n’en trouve pas une de la grandeur d’un demi-pouce; elles sont placées autour des appartemens de la mère, et aussi près qu’il est possible. Quand le nid ne fait que com-

encer à se former, ces pièces sont atte- nantes à la chambre de la femelle; mais à mesure qu’elle pond, les ouvriers les élar- gissent ou en construisent de plus grands. Les logemens ou rourriceries sont renfermés dans des enveloppes d'argile, pareilles à celles qui contiennent les magasins, mais beaucoup plus larges. A la naissance du nid, elles ne sont pas plus grandes qu’une coquille

DES TERMÈS. 171

de noix; mais dans les grands monticules , elles sont souvent aussi grosses que la tête d’ün enfant d’un an. .

La chambre royale est à peu près deni- veauavecla surface de la terre, à unedistance égale de tous les côtés du corps de logis, et directement sous le sommet du cône. Tous les appartemens qui l’environnent compo- sent un labyrinthe compliqué, qui s'étend de tous côtés à un pied et à même plus de distance de cette chambre. Les pièces sont séparées les unes des autres par des galeries qui se communiquent, et qui se prolongent de tous les côtés jnsqu'à la coque supérieure qui couvre le tout. Les galeries ou conduits qui sont pratiqués dans les pièces les plus basses de l'édifice, sont plus larges que calibre d’un gros canon. Tous sont enduits d’une couche fort épaisse de la même argile dont le monticule est formé: ils aboutissent à tous les appartemens tant anciens que nouveaux : ils descendent sous terre jusqu’à la profondeur de trois ou quatre pieds..C’est que les ouvriers vont prendre le gravier fin, qui, travaillé dans leur bouche, prend

192 HISTOIRE NATURELLE

la consistance d’un mortier, et devient une argile s solide et pierreuse; dont le monticule ét tous les bâtimens sont construits, excepté lés”nourriceries® Les galeries souterraines sont les principaux passages par les tra- vailleurs et les soldats vont et reviennent ; M du bois, du mortier; dél’eau ou des provisions. Ces insectes oht soin de donner à Ces chemins une pente douce ; parce que les travailleurs montent très difficilement un terrain X pic; et leS soldats nesle peuvent point du tout.

On. voitencoré d’autres nids qui ont une forme eylindrique; “hauts*d’environ deux ds; ; ils sont construits par le termès

roce et le termès mordant. Lafigure ex-

jeure de ces nids est plus curieuse que dés nids du termès fatal ; mais l'inté-

ni nest pas aussi bien distribué, Ces cy- res Sont si solidement bâtis, qu'on les renverse plutôt à leur fondèment qu'on ne Les rompt dans leur-milieu. Ceux que bâtit le termès ‘des arbres ne ressemblent, ni pour la forme ni pour la matière, à ces deux sortes de nids ;ÿilsesont sphériques et bâtis

“+ métis. sb

. Re" ET A : L

DES TERMÈS. 173

dans les arbres, Ils sont quelquefois posés” entre les tiges, et souvent sur une seule” branche qu'ils environnent à la hauteur de” soixante-dix ou quatre-vingts pieds. On ent voit d'aussi spacieux qu’une harrique de sucre : cependant ceux de cette grosseur sont rares. Ils sont composés de parcelles de bois et. de différentes gommes, et de sucs d’arbres dont les insectes forment une pâte avec laquelle ils construisént de petites cel- lules ivrégulières. Ces nids renferment une immense quantité d'insectes jeunes et vieux : les habitans lès recherchent pour en nour- rir la volaille, Tous ces nids renferment, comme ceux du fatal, trois sortes d’indi vidus. Les termès des arbres placent quel-… quefois leurs nids sur les toits, ou sur quel que autre partie des maisons, et y font de grands dégâts; mais la plus grande espèce est la plus destructivé :uils s’avancent sous terre, descendent sous les fondemens des maisons ét des magasins, pénètrent dans les poteaux qui forment les côtés des bâtimens ; ils les percent d’un bout à l’autre, et les vident entièrement. D'autres entrent dans les

de dite de EE ET

174 HISTOIRE NATURELLE solives, parviennent jusqu’au toit, mangent “les feuilles et les branches de palmier qui “servent de couverture, et en peu de temps als ruinent une maïson de fond en comble. On ne voit le mal que lorsqu'il est sans re- mède, parce que ces insectes ne percent ja- mais la surface en aucun endroit; de sorte qu’une planche épaisse d’un pouce, qui pa- raît solide, n’a pas plus de poids que deux feuilles de carton. Lorsque les termès des arbres entrent dans un coffre, ils y font assez souvent leurs nids# ils le dévastent à loisir, et détruisent tout ce qu'il contient. Ils attaquent rarement les arbres vivans; mais jamais, à ce que présume Sparmann, avant qu'il ne paraisse aux racines quelques signes de corruption, Enfin, dit cet auteur, ñ est presque impossible de rien laisser sur terre de pénétrable qui y soit en sûreté : placez-le vous voudrez, ils sauront le découvrir avant le lendemain, et sa des- truction, ordinairement, ne tarde pas à suivre. Les forêts ne restent pas long-temps embarrassées des arbres tombés, et la des- trüction totale des villes abandonnées est si

DES TERMÉS. 175 complétement opérée, que dans deux ou trois années un boïs épais les a remplacées ; et à moins qu’on n’ait employé des poteaux de bois de fer, auquel ils ne touchent jamais, on ne trouvera pas le moindre vestige d’une maison. Le premier objet dont on est frappé à l’ouverture d’un de leurs nids, est la con- duite des soldats. Si on fait une brèche dans une des parties les plus minces du moñ- ticule , et qu’on la fasse brusquement, dans l’espace de deux ou trois secondes un soldat paraît et rôde autour de la brèche ;il rentre quelquefois, comme pour donner l'alarme ; mais le plus souvent il est suivi par deux ou trois autres, courant le plus vite qu'ils peuvent, et en désordre. Ceux-ci sont bien- tôt suivis par une troupe nombreuse, qui. sorte aussi promptement que l'ouverture le permet. Il est difficile, dit Sparmann , de décrire la furie de ces insectes "dans leur précipitation, ils manquent souvent leur proie, et roulent le long des "côtés du dôme; mais ils se remettent aussitôt ; ils mordent tout ce qu'ils rencontrent. Tant que l'attaque

176 HISTOIRE NATURELLE continue, ils sont dans la plus violehferagi- tation. Si l’un d’eux peut s'attacher à quel- ques parties du corps d’un homme , il fait sortir en un instant assez de sang pour ba- lancer le poids de son corps entier. Îs ac- .…crochent profondémient leurs mâchoires dès _ le premier coup, et jamais nelâchent prise ; ils se ra à racher le corps «par mor-

ux säns faire la moindre tentative pour » se sauver. Mais dès qu’on s'éloigne, en moins | d'une demi-heure ils sont retirés dans le: nid. ; Telleest l’histoire de ces insectes destruc- teurs dônt on ne peut s'empêcher d'admirer l'industrie. Nous donnerons la figure du termès fatal. |

Le Termès fatal, Z'armes fatale.

Cet inSecte a plus de deux pouces d’en- vergure , les ailes étendues ; iLest en dessus de couleur brtifes ses antennes sont de la longüeur du corsélet ; corselet est composé de trois segmens ; l'abdomen est gros ; cy-

... + à ! DES TERMÈS. 177 lindri les ailes sont päles, le bord ext. - térieur des supérieures est testacé ; les pates sont de longueur moyenne. - Le mulet a près de six lignes de long; la tête et les mandibules forment la moitié de _cette longueur. ; On le trouve dans les Indes et en Afltée. { Nousrenvoyons aux généralités pour voir les mœurs de cet insecte. #

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ORDRE TROISIÈME. * LES HYMÉNOPTÈRES. |

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CARACTÈRES DES GENRES

DE L'ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES. Y

r

PREMIÈRE SECTION. .

Bouche sans trompe, G. Fourmi.

Ares filiformes, brisées; premier ar- ticle très long et cylindrique.

Quatre antennules courtes, filiformes; les antérieures un peu plus longues, composées de six articles égaux ; les postérieures de

uatre. q s,,

+ _

Av

180 HISTOIRE marunELzR # 1 Ventre attaché au corselet, par un bédis 4 cule; petite écaille saillante entre deux. à Point d’ailes dans les mulets. Trois petits yeux lisses.

G. Mutille.

“À Antennes courtes, filiformes ; . prémier article long.

| Quatre antennules inégales; les antérieures

1 un peu plus longues, composées de six ar-

| ticles, dont le troisième conique est assez “gros, le dernier cylindrique et plus mince;

* + les postérieures composées de quatre articles

- « moniliformes, dont le dernier plus petit,

Da Aiguillon simple et très fort caché dans

_ l’abdomen.

| Point d’ailes dans les mulets.

Trois petits yeux lisses.

G. Frélon. Antennes courtes, filiformes ; premier ar-

ticle long et cylindrique; les autres très

L Fe gr te antennules inégales; les antérieures composées de six articles, dont le second, le

doddléé > sil Li , a

DES HYMÉNOPTÈRES. 187 troisième et le quatrième gros et coniques ; les postérieures composées de quatre ar- ticles , dont le premier très mince à sa base.

Aïguillon simple, pointu, caché dans l'abdomen. Trois petits yeux lisses,

G. Guépe.

un

Antennes filiformes , brisées ; premier ar- ticle long et cylindrique; le second long et presque conique.

Quatre antennules filiformes; les anté- rieures un peu plus longues, composées de six articles; les postérieures de quatre, dont le dernier très court et très petit.

Aiguillon simple et très pointu, caché dans l’abdomen.

Corps ras.

Trois petits yeux lisses.

G. Leucopsis.

Antennes courtes, droites, un peu plus grosses par le bout; articles courts, peu distincts.

Quatre antennules courtes; les antérieures

Vi 16

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un 0m MÉRÈR AE DE A dd, à matt Abd à lon

182 HISTOIRE NATURELLE composées de quatre articles, les posté- rieures de trois.

Ventre attaché au corselet par un pédi- cule court.

Aiguillon triple, recourbé, releyé et ap- pliqué sur le ventre dans la femelle.

Trois petits yeux lisses.

G. Chrysis.

Antennés courtes, filiformes; premier ar- ticle un peu plus long, les autres courts et égaux.

Quatre antennules filiformes, inégales; les antérieures une fois plus longues, composées de cinq articles; les postérieures de quatre, dont le premier à peine distinct.

Ventre attaché au corselet par un pédi- cule court.

Aiguillon simple, pointu, caché dans l'abdomen.

Trois petits yeux lisses.

.G. Tiphie. Antennes courtes, filiformes, roulées en spirale ; premier article un peu plus gros et plus long.

DES HYMÉNOPTÈRES. 183

Quatre antennules inégales, filiformes ; les antérieures un peu plus longues, composées de six articles égaux ; les postérieures de cinq.

Ventre attaché au corselet par un pédi- cule court.

Aiguillon simple, caché dans l'abdomen.

Trois petits yeux lissés.

G. Évanie.

Antennes filiformes , assez longues ; pre- mier article très long, presque cylindrique ; les autres courts, égaux, peu distincts.

Quatre antennules inégales; les anté- rieures plus longues, filiformes, composées de six articles; les postérieures de quatre, dont le dernier en masse.

Ventre comprimé, presque triangulaire, attaché au corselet par un long pédicule.

Aiguillon très petit, caché dans lab- domen.

Trois petits yeux lisses. Û

G. Zchneumon.

Antennes sétacées, longues, vibratiles ; articles nombreux, très courts, peu dis- tincts,

‘ui 1 Vin dt 8 ( dus de nt ‘6 à de de. LA Shen. és AR dan St : lo

184 HISTOIRE NATURELLY

Quatre antennules inégales, filiformes ; les antérieures un peu plus longues, composées de six articles; les postérieures de quatre.

Ventre attaché au corselet par un pédi- cule long et mince.

Aiguillon flexible, long et divisé en trois pièces dans la femelle.

Trois petits yeux lisses.

G. Urocére.

Antennesfiliformes ; articles courts, égaux, cylindriques et distincts,

Quatre antennules très courtes, inégales ; lés antérieures composées de deux articles égaux, les postérieures de quatre articles, dont les derniers plus gros.

Ventre joint au corselet, et terminé par une pointe forte, un peu aiguë.

Aïguillon dentelé, caché sous une gaine creusée en gouttière , dans les femelles.

Trois petits yeux lisses.

G. Cimbex.

Antennes en masse, un peu plus courtes que le corselet,

tai Re at M dd ide al

DES HYMÉNOPTÈRES, 185

Quatre antennules filiformes; les deux an- térieures un peu’plus longues, composées de cinq articles; les deux postérieures de quatre.

Ventre joint au corselet.

Aiguillon dentelé, caché dans l'abdomen dans les femelles.

Trois petits yeux lisses.

G. Tenthrède.

Antennes filiformes, plus longues que le corselet; articles égaux, distincts, cylindri- ques.

Quatre antennules inégales, filiformes; les antérieures plus longues, composées de six articles; les postérieures de quatre.

Ventre joint au corselet.

Aiguillon dentelé, caché dans l'abdomen.

Trois petits yeux lisses.

G. Diplolèpe. Antennes filiformes, longues; quatorze articles cylindriques, égaux , très distincts. Quatre antennules courtes; les antérieures filiformes, composées de cinq articles égaux; les postérieures de trois, dont le dernier en masse,

Le. + 1 ME, chi cts és ur dE dt ds |

186 HISTOIRE NATURELLE

Ventre un peu comprimé: :

Aiïguillon caché entre deux lames du ventre. *

Trois petits yeux lisses.

. G. Cinips.

Antennes filiformes, brisées ; premier ar- ticle très long et cylindrique, le second pe- tit, les autres courts, égaux, peu distincts.

Quatre antennulés courtes, inégales, presque en masse; les antérieures un peu plus longues, composées de six articles; les postérieures de cinq.

Ventre un peu comprimé.

Aiguillon courbé et caché entre deux lames du ventre.

Trois petits yeux lisses,

DES MYMÉNOPTÈRES. 187

DEUXIÈME SECTION. Bouche avec une trompe.

G. Chalcis. k

Antennes courtes, filiformes, un peu plus grosses par le bout; premier article plus long et cylindrique.

Quatre antennules filiformes;, les anté- rieures un peu plus longues, composées de six articles presque égaux; les postérieures de quatre. ;

Ventre presque globuleux, attaché au corselet par un long pédicule.

Aiguillon caché dans l'abdomen.

Cuisses postérieures renflées.

Trois petits yeux lisses.

G. Spheæ.

Antennes un peu plus Aongues que le cor- selet, filiformes, en spirale ; onze articles égaux, cylindriques, distincts,

Quatre antennules filiformes, presque égales; les antérieurestun peu plus longues, composées de six articles; les postérieures quatre,

188 HISTOIRE NATURELLE

Ventre attaché au corselet par un pédi- cule plus ou moins long.

Aiïguillon pointu, simple, caché dans l'abdomen.

Trois petits yeux lisses.

G. Scole.

Antennes épaisses, filiformes, un peu renflées au milieu ; premier article allongé, les autres à peine distincts, courts, égaux et cylindriques.

Quatre antennules courtes, un peu plus épaisses à leur base; les antérieures compo- sées de six articles, les postérieures de quatre.

Ventre attaché au corselet par un pédi- cule court.

Aiïguillon simple, très fort, très pointu, caché dans l’abdomen.

Trois petits yeux lisses.

G. Thinne.

_ Antennes courtes, cylindriques; premier article court, gros, presque rond ; les autres égaux , peu distincts.

Quatre antennules égales, filiformes ; les

h HOT Die ee Su mbit nd LL

DES HYMÉNOPTÈRES. 189

antérieures composées de quatre articles, les postérieures de trois. - Ventre attaché au corselet par un pédicule court, Aiïguillon petit , simple, caché dans l’ab- dome.

G. Bembex.

Antennes filiformes, courtes ; premier ar- ticle long et cylindrique, les autres courts et égaux.

Quatre antennules courtes , inégales, fili- formes; les antérieures composées de six articles, dont le pénultième très court ; les postérieures composées de quatre, dont les deux derniers plus courts que les autres.

Ventre attaché au corselet par un pédi- cule court.

Aiguillon simple et pointu, caché dans l'abdomen.

Tarses antérieurs ciliés.

Trois petits yeux lisses. d

G. Andrène.

Antennes courtes, filiformes; premier

ER ES nn rend Mat : Âge

w

190 HISTOIRE NATURELLE

article long, mince à sa base; le second très petit; les autres égaux, cylindriques.

Trompe divisée en trois pièces ; Suçoirs enfermés dans une gaîne.

Quatre antennules filiformes , inégales ; les antérieures composées de six articles, les postérieures de deux.

Aiguillon simple, caché dans l’abdomen.

Trois petits yeux lisses,

G. Abeille.

Antennes filiformes , courtes, brisées ; premier article très long , les autres courts, égaux:

Trompe divisée*en cinq pièces ; suçoirs libres, enfermés à leur base dans une gaîne.

Quatre antennules sétacées, très courtes ; les antérieures composées de six articles, les postérieures de cinq.

Aiguillon simple, très pointu , cäché

- dans l'abdomen. \

Trois petits yeux lisses.

os dit ci teste fie crie din dons, | La

DES HYMÉNOPTÈRES. 197 G. ÆEuccre.

Antennes longues, filiformes; articles égaux, presque cylindriques:

Trompe divisée en sept pièces ; suçoirs libres.

Quatre antennules courtes, filiformes, inégales; les antérieures un peu plus longues, composées de six articles; les postérieures de deux.

Aiguillon simple et pointu, caché dans l'abdomen.

Trois petits yeux lisses.

G. Nomade,

Antennes filiformes, courtes; premier ar- ticle un peu plus long que les autres.

Trompe divisée en cinq pièces ; suçoirs libres.

Quatre antennules filiformes, très courtes; les antérieures composées de six articles, et les postérieures de quatre.

Aiïguillon simple, pointu, caché dans l'abdomen.

Trois petits yeux lisses.

w 192 HISTOIRE NATURELLE

tt tt tt dattes

ORDRE TROISIÈME.

DES: HYMÉNOPTÈRES.

Ls insectes les plus industrieux , les plus courageux, les plus intéressans , sont pla- cés dans l’ordre nombreux des hyméno- ptères; c'est surtout parmi ces animaux que se rencontrent ces espèces remarquables par un instinct voisin de l'intelligence; c'est ce qui les a fait étudier de tout temps avec plus d'attention, et ce qui a rendu plusieurs d’en- tre eux l’objet d’une admiration devenue quelquefois exagérée. Les abeilles, les gué- pes , les ichneumons , les sphex, les cinips , n'offrent-ils pas assez de faits singuliers et vrais, pour piquer la curiosité de l’homme le plus indifférent aux phénomènes de la nature? Fallait-il rendre la vérité suspecte, en l’enveloppant de tous les ornemens de la fable ?

Nous allons présenter l’histoire des hymé- noptères dépouillée de tous ces ornemens

DES HYMÉNOPTÈRES. 193 étrangers et inutiles : nous espérons qu'il restera encore assez de faits singuliers pour: intéresser l’homme le plus léger, et faire méditer celui qui est accoutumé à réfléchir sur les phénomènes de la nature.

Quoique plusieurs hyménoptères aient des couleurs métalliques assez éclatantes, ce ne sont cependant pas les plus brillans des insectes ; ils n’approchent point, par cette qualité, des papillons et-des coléo- ptères. Dans les plus petits animaux comme chez les hommes, l'éclat extérieur se trouve rarement réuni dans le même individu avec de grandes qualités morales. Les abeilles , les fourmis, les bombyces à soie, ne sont point couverts de l’or ui des brillantes cou- leurs que l’on voit sur les lourdes cétoines, sur les buprestes, les cantharides , etc. La vertu, l'esprit , ne sont pas une suite néces- saire des grandes richesses; c’est une von- solation que la nature semble avoir réservée pour le pauvre, et dont elle lui offre sans cesse des exemples parmi les animaux. Les plus brillamment habillés sont rarement les plus industrieux ou les plus-utiles.

VII. 17

194 HISTOIRE NATURELLE

Mais si les couleurs de la plupart des hyménoptères sont ternes , leurs membres sont déliés, ce qui rend leurs mouvemens légers et faciles.

Ils ont quatre ailes membraneuses; les nervures qui soutiennent la membrane mince et transparente qui forme ces ailes sontmoins nombreuses, moins anastomosées que dans les névroptères; elles partent de la base de l'aile en divergeant, et forment seulement entre elles quelques anastomoses, C’est cette structure de leurs ailes qui leur a fait donner le nom: d’.yménoptères, qui veut dire ailes membraneuses par excel- lence. C’est aussi un des caractères distinc- tifs de ces insectes. Les limites sont diffi- ciles à établir, il est vrai, entre ces deux structures des ailes; maïs aussi ce caractère n'est pas le seul, comme nous le verrons. Ces quatre ailes sont de grandeur bien diffé- rente. Lesinférieures, qui sont aussi un peu postérieures , sont beaucoup plus petites que les supérieures : elles sont l’une et l’autre étroites, rétrécies à leur insertion, et peu grandes relativement à celles des névroptè-

Le bé: “ji PEUT TU

DES HYMÉNOPTÈRES. 195

res; cequin’empéche pas ces insectes de voler avec légèreté et rapidité, et beaucoup mieux que certains névroptères à grandes ailes, tels que les panorpes, myrméléons, ascala- phes, perles, etc. ,

La tête des hyménoptères est grosse, sou- vent plus large que le corselet les yeux sont saillans, surtout ceux à réseau ; * de petits yeux lisses, au nombre de trois, sont placés sur le sommet de cette tête.

Les antennes’ sont rarement filiformes ; elles sont peu longues et presque toujours coudées , comme brisées dans leur milieu.

Les différentes parties qui composent gé- néralement le: corps des insectes sont ici très distinctes. .

La tête , dont nous venons de parler, est tronquée net postérieurement Let ne tient au corselet que par un tube gréle et fort court,

Le corselet est souvent bombé ; quelque- fois comme partagé lui-même en deux par- ties : la partie la plus mince est postérieure ; elle n’est séparée de l’antérieure que par un sillon transversal assez profond.

_ MAR die rte ._ LL F ; 196 HISTOIRE NATURELLE

L'abdomen est presque toujours ovoide et allongé, formé d’anneaux écailleux, très distincts, qui sont à recouvrement les uns sur les autres.

Dans quelques hyménoptères , cet abdo-